« L’Algérie tourne le dos au Polisario »
Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté vendredi 31 octobre dernier une résolution sur le Sahara validant le plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007. Khadija Mohsen-Finan, spécialiste du Maghreb et membre du comité de rédaction de la revue Orient XXI, analyse les impacts de cette décision pour le Maroc, le Front Polisario et son allié, l’Algérie, qui n’a pas pris part au vote.
Khadija Mohsen-Finan estime que la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU « change beaucoup de choses, parce que c’est ce qu’attendaient les Marocains, c’est-à-dire la reconnaissance par la communauté internationale de ce que Hassan II appelait leur titre de propriété sur le Sahara ». La politologue explique dans un entretien à RFI qu’« au moment où plusieurs États, comme les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, s’apprêtent à investir dans ce territoire, il fallait absolument dépasser, si vous voulez, le fait qu’on était dans un schéma colonial, puisque ce territoire était à décoloniser. Donc, il fallait sortir de ce schéma de colonisateurs et colonisés. Et c’est ce qui a été fait par le vote de vendredi dernier au Conseil de sécurité des Nations unies ».
À lire : Sahara : « L’Algérie était à deux doigts de voter pour la résolution »
La spécialiste du Maghreb s’est également exprimée sur l’abstention des Russes et des Chinois lors du vote de cette résolution. « Disons que le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita s’est rendu à Moscou et les Marocains ont eu l’assurance que les Russes pouvaient tout à fait ne pas leur tenir rigueur de la situation. Et très probablement, la dernière mouture du texte de la résolution a été faite pour que les Russes et les Chinois puissent justement s’abstenir et ne pas voter contre, en y ajoutant le terme de “autodétermination”. Ça, c’est très précieux pour les Russes, c’est très précieux pour les Chinois », a-t-elle déclaré au micro de Christophe Boisbouvier, rappelant que « depuis quelques années, les Russes entretiennent de très bonnes relations avec le Maroc. On n’est plus du tout dans le schéma de la guerre froide. »
À lire : Ce que prévoit concrètement le plan marocain d’autonomie pour le Sahara
Avec cette posture inédite de Moscou et Pékin, « on peut s’attendre justement à ce que Russes et Chinois soient attentifs au type d’autonomie qui va être mise en place par le Maroc dans cette région », analyse Khadija Mohsen-Finan qui, par ailleurs, trouve « surprenant » le refus de l’Algérie, membre du Conseil de sécurité cette année, de prendre part au vote de la résolution. « Très probablement parce que l’Algérie veut revenir sur la scène régionale et internationale, qu’elle compte beaucoup sur un partenariat économique et stratégique avec Washington, avec les États-Unis et que finalement, elle a peut-être accepté d’être dans ce que certains pourraient appeler la realpolitik. Mais c’est malgré tout une manière de tourner le dos au Front Polisario, à l’autodétermination qu’elle a portée quand même depuis 50 ans », soutient-elle.
À lire : Le Polisario refuse toute négociation basée sur le plan d’autonomie marocain
Et d’insister : « S’il y a une sortie honorable par ce texte de résolution, personne ne sait ce que vont devenir aujourd’hui les Sahraouis de Tindouf, ce que va devenir la cause sahraouie. Personne n’en parle et je ne pense pas du tout qu’ils vont continuer à être parrainés à être protégés par Alger. Et c’est bien leur inquiétude d’ailleurs. Et dans les dernières déclarations du Front Polisario, on peut entrevoir malgré tout un désespoir. […] Le Front Polisario seul ne peut pas affronter le Maroc. Et de toutes les manières, il devait attendre l’autorisation d’Alger pour agir sur le plan militaire. » Pour la spécialiste du Maghreb, la balle est désormais dans le camp du Maroc qui doit préciser ce que prévoit son plan d’autonomie. « Aujourd’hui, l’autonomie réelle, si on voulait l’appliquer au Maroc, le schéma politique marocain ne le permettrait pas. Il faut qu’il y ait un schéma de décentralisation et de démocratisation de ce pays pour que l’autonomie puisse s’instaurer… », conclut la politologue.