A 9 ans, il arrive sous un camion en Espagne, aujourd’hui il est acteur reconnu
Arrivé clandestinement en Espagne à l’âge de 8 ans, caché sous un camion, Ahmed Younoussi est aujourd’hui acteur et vient de participer au Titan Desert à Almería. Un parcours atypique.
Ahmed Younoussi avait à peine 7 ans quand il a quitté la maison familiale au Maroc. Pendant plus d’un an, il a vécu dans la rue entre Tanger et Ceuta, tentant désespérément de traverser le détroit. Après sept tentatives manquées, la huitième a été la bonne. « Je vivais dans la rue, j’ai vécu dans la rue entre Tanger et Ceuta, qui étaient les ports d’où je pouvais partir », raconte-t-il à La Razon. À Ceuta, il apprend l’espagnol et commence à s’intégrer peu à peu. À l’âge de 8 ans et demi, il réussit à se cacher sous un camion pour rallier l’Espagne. Il s’endort pendant le trajet et se réveille à Barbate.
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C’est là que sa vie bascule. Trois jeunes femmes le remarquent dans une station-service où il cherche un téléphone. « Ces filles m’ont vu, m’ont fait monter dans leur voiture et m’ont emmené chez elles. Et c’est là que l’aventure a commencé, jusqu’à aujourd’hui », explique-t-il. Direction Madrid, d’abord au centre pour mineurs de Hortaleza, puis à Vallecas. C’est dans ce dernier centre qu’il rencontre Borja, Francisco José Valcárcel Fernández, un éducateur qui va l’accueillir chez lui. « Je suis passé d’un centre à une maison, avec ma chambre, mon lycée à côté, mes amis, et je suis devenu un adolescent comme les autres », se souvient Ahmed. Il décrit Borja comme « pratiquement un dieu ».
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Comme beaucoup d’enfants qui tentent de rejoindre l’Espagne au péril de leurs vies, Ahmed croyait que « l’argent tombait du ciel » dans la péninsule ibérique. « Puis j’ai réalisé que non, que c’était de l’eau qui tombait, comme au Maroc », dit-il avec humour. La réalité l’a vite rattrapé : il faut travailler, s’adapter, s’intégrer. Un jour, le réalisateur Juan Gautier le contacte pour conseiller un court-métrage sur un garçon coincé sous un camion. Juan lui propose finalement de participer à cette aventure. Ensemble, ils réalisent « Metrópolis Ferry », présélectionné pour les Goya. Le jeune homme fait aussi la rencontre de Juan Diego Botto et Sergio Peris Mencheta. « Si je suis l’acteur que je suis aujourd’hui, c’est en partie, voire en grande partie, grâce à Sergio », reconnaît-il.
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Aujourd’hui, Ahmed joue dans « 14.4 », une pièce écrite par Juan Diego Botto et mise en scène par Sergio Peris Mencheta. Le titre fait référence aux 14,4 kilomètres qui séparent le Maroc de l’Espagne. Pendant la tournée de cette pièce, il découvre l’initiative de Superacció, une association qui aide les jeunes migrants. C’est ainsi qu’il participe au Titan Desert Almería avec l’équipe « 4 miradas, una meta ». « Je ne suis pas professionnel. Je fais du vélo, j’aime faire de la gymnastique, mais le Titan est respecté », explique-t-il. Après cette première étape, le Marocain dit se sentir fier : « À partir de cet instant, je crois que j’ai commencé à me sentir comme un titan. »
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À la question de savoir ce qu’il pense du terme « menas » utilisé pour désigner les mineurs étrangers non accompagnés, Ahmed répond : « Pour appeler un être humain, une personne “mena”, je pense qu’il faut d’abord ne pas se respecter soi-même. Vous n’aurez pas non plus la capacité de respecter les autres êtres humains qui vous entourent. » Comme perspectives, Ahmed attend les nouvelles dates de tournée pour repartir sur scène avec « 14.4 », pour continuer à raconter son histoire et celle de milliers d’autres mineurs qui ont tenté de traverser le détroit pour rejoindre l’Espagne, à leurs risques et périls.