Espagne : le port du hijab se normalise dans les écoles publiques

- 21h40 - Espagne - Ecrit par : P. A

Le port du hijab par les musulmanes, membres du corps enseignant dans les écoles publiques en Espagne, relève de plus en plus de la normalité. La situation ne semble pas surprendre, d’autant que la communauté musulmane en Espagne dépasse les deux millions de personnes.

Le retour à l’école est particulier pour les femmes musulmanes enseignantes dans les écoles publiques en Espagne. Elles doivent faire face à toutes sortes de préjugés en raison du port du hijab. Hind Mounjid, 29 ans et originaire d’Úbeda (Jaén), est institutrice. Elle a fait ses études en anglais, français et éducation physique dans une école jésuite et enseigne aujourd’hui dans la même école de la ville. « Bien sûr, ils savaient que je suis musulmane, même si à l’époque je ne portais pas le foulard, et il n’y a jamais eu de problème », déclare-t-elle fièrement. Plus tard, elle a commencé à travailler dans le public, « à Séville, en tant que professeur de français en 6ᵉ ». « Les enfants te regardent bizarrement au début. C’est normal, ils n’ont jamais vu quelqu’un enseigner la tête couverte. Mais tout s’est bien passé. À la fin du cours, ils étaient très heureux », explique-t-elle.

À lire : Autriche : les élèves du primaire autorisées à porter le hijab

Pour les trois enseignantes, la diversité d’origine des élèves dans les classes constitue le plus grand moteur d’antixénophobie. « Il y a des enfants d’Amérique latine ou du Maroc, mais aussi d’autres régions d’Europe ou du monde », raconte l’une d’entre elles. « Aujourd’hui, vivant dans un monde plus globalisé, nous avons des élèves métissés, issus de parents de nationalités différentes… Tout se normalise. Vous trouvez aussi des gens plus ignorants, plus fermés », ajoute Hind Mounjid.

Khaoula El Kamouni Chebli, une Madrilène de 27 ans, porte le hijab depuis l’adolescence. « À tout moment et à toute heure, je me sens jugée, mais on apprend à vivre avec et à ne pas se laisser affecter par ces préjugés. Cela semble un peu dramatique mais c’est réel », a-t-elle confié. Et d’ajouter : « Chaque jour où vous décidez de faire votre vie avec un hijab, vous allez rencontrer des incompréhensions, des questions, des jugements, voire des attaques. Et cela peut arriver dans n’importe quel domaine. La société ne l’accepte pas encore totalement ».

À lire : La Nouvelle-Zélande teste le port du hijab dans la police

« La religion islamique a toujours été très entachée de ce genre d’accusations qui n’ont rien à voir avec la réalité de l’islam et des musulmans. La désinformation est ce qui rend cette image si inappropriée », estime par ailleurs Khaoula El Kamouni. Elle est soutenue dans cette position par Carolina Saidi Rodríguez, une majorquine de 45 ans. « Pour les enfants d’origine marocaine ou pakistanaise, vous êtes leur super héros. Ils sont émerveillés, et pour les parents vous l’êtes aussi, car c’est un signe de progrès qu’il y ait des professionnels qui portent des hijabs de toutes sortes », explique t-elle.

« Il faut se rendre visible, ça n’a rien d’étrange. C’est tout à fait normal. Chacun est libre », se défend fièrement Saïdi. « C’est ce qui m’identifie en tant que femme musulmane. Cela représente ma personnalité, ma façon d’être. Je le porte pour Dieu, je l’ai librement choisi, je l’ai fait très tard, à 39 ans. Les gens pensent que tu le portes parce que soit tu es mariée, soit ton père t’y oblige. Et non, ce n’est pas du tout le cas », rectifie Saidi.

En 2020, l’Espagne disposait d’une forte communauté musulmane composée de 2 216 512 personnes, selon les données fournies à la Sexta par l’Union des communautés islamiques d’Espagne. Cette communauté variée est présente dans toute l’administration publique.

  • Catalogne : plus d'arabe et moins d'espagnol à l'école

    Le gouvernement catalan promeut l'enseignement de la langue arabe et de la culture marocaine dans toutes les écoles de la région tout en reléguant au second plan la langue espagnole. Cette nouvelle réforme est dénoncée par les associations qui demandent à rectifier le tir.

  • Najat El Hachmi : « le voile est discriminant »

    L'écrivaine d'origine marocaine, Najat El Hachmi, a critiqué sur les réseaux sociaux, sa compatriote, Fatima Hamed, la porte-parole du Mouvement pour la dignité et la citoyenneté (MDyC) à Ceuta, qui a porté un hijab lors d'un événement politique. Sa vive réaction a enflammé la toile.

  • Espagne : une élève voilée expulsée d'une école près de Madrid

    Une mineure de 13 ans a été expulsée durant quinze jours d'un centre éducatif à Guadalajara, près de Madrid, pour avoir porté le hijab. La jeune fille aurait été avertie à plusieurs reprises que le port du voile en classe viole les règles de coexistence.

  • Miss Raisa, rappeuse et voilée (vidéo)

    Miss Raïssa, une jeune Marocaine résidant en Espagne, a rappé sur la scène de « Got Talent » pour dénoncer la discrimination dont elle et de nombreuses autres femmes musulmanes sont victimes dans le pays.

  • Espagne : les mosquées incitent les musulmans à se faire vacciner

    L'appel des mosquées à la vaccination en Espagne commence par produire des résultats. Plusieurs centres de santé ont noté une augmentation des rendez-vous pour se faire vacciner contre le Covid-19.

  • Plus de 50 % des Marocains pour le port du hijab

    61,2 % des Marocains sont favorables au port du hijab, selon une étude qui vient d'être publiée par par l'organisation « Menassat pour les recherche et études sociales ».

  • Espagne : la justice impose l'enseignement de l'Islam dans les écoles

    La communauté musulmane de Murcie peut enfin bénéficier de l'enseignement de l'islam dans les écoles. Ainsi en a décidé le juge qui a été saisi d'une plainte à cet effet, face au refus du gouvernement local d'appliquer la loi portant sur l'éducation islamique en Espagne, en vigueur depuis 1992.

  • Espagne : un Marocain agresse un médecin pour avoir fait accoucher sa femme sans voile

    Des agents de santé du service des urgences d'Alhama de Murcia ont été victimes d'agression et de menaces de la part d'un Marocain dont la femme était sur le point d'accoucher. Ils s'étaient rendus au domicile du couple pour transférer cette dernière qui avait perdu les eaux vers l'hôpital. Le retrait du hijab de la femme enceinte pour lui administrer les soins d'urgence a entrainé la colère de son mari.

  • Malaga : interdites de porter le voile, des jeunes filles changent d'école

    Les jeunes filles musulmanes à qui il était interdit de porter le hijab dans une école à Malaga, dans le Sud de l'Espagne, seront transférées dans d'autres écoles publiques. C'est la solution proposée par la Délégation à l'éducation et à laquelle ont adhéré leurs parents.

  • L'islam enseigné dans les écoles en Catalogne

    L'islam sera enseigné dans six écoles publiques de Catalogne. Le gouvernement régional entend l'étendre à d'autres établissements dès la rentrée prochaine.