Les jeunes marocains : Quel usage ont-ils de l’Internet ?

16 septembre 2008 - 21h59 - Economie - Ecrit par : • Journaliste Free lance, • Doctorant en Sciences Economiques, • Président du Forum de la Jeunesse Rurale FOJER

De nos jours, les nouvelles technologies de l’information et de communication (NTIC) revêtent une importance primordiale au sein de la société contemporaine, elles permettent d’offrir des services performants et diversifiés à de nombreux citoyens du monde.

Grâce aux évolutions rapides qui les caractérisent, les NTIC ont contribué à la mondialisation économique et financière et à l’internationalisation des échanges commerciaux, elles sont à la base de l’émergence d’une économie électronique et d’une nouvelle société de l’information et de communication.

Phénomène de mode, véritable révolution, l’internet est sans doute une gigantesque manne d’informations, il est l’aboutissement logique et prévisible de deux grandes tendances : la numérisation de l’information et de la dématérialisation de l’activité économique.

Au Maroc, les facteurs de l’introduction de l’internet sont multiples et diversifiés ; entre autres, on trouve la nécessité d’avoir des systèmes de télécommunications qui permettent de participer au marché global, ensuite, l’obligation d’avoir des échanges d’informations à l’intérieur du pays pour être compétitifs vis-à-vis des autres pays, mais aussi pour réduire la fracture numérique entre les différentes régions du Maroc notamment entre les zones rurales et urbaines.

L’internet est une chance nouvelle pour le Maroc dans la mesure où il permet une véritable démocratisation de l’accès à l’information, il offre une opportunité sans précédent dans la lutte contre la pauvreté, favorise l’alphabétisation, fait tomber les barrières géographiques, accroît l’efficacité des marchés, crée des opportunités de revenu et favorise la participation à l’échelon local. Il suscite un immense espoir dans la jeunesse scolarisée.

L’implantation d’internet au Maroc repose essentiellement sur les infrastructures dont bénéficie le pays. Celles – ci ont été sujet de plusieurs débats entre les différents acteurs aussi biens publiques que privés. En effet, un effort important a été réalisé par le Maroc pour étendre et moderniser le réseau des télécommunications, développer les télécommunications rurales ainsi qu’une large gamme de nouveaux services diversifiés.

C’est ainsi que le marché d’internet a réalisé en 2007 une augmentation de 31,6% par rapport à l’année 2006 puisqu’il a atteint 526.080 abonnés avec un taux de pénétration de 1,72% par rapport au nombre total de la population. Le nombre d’abonnés Internet ADSL connaît une augmentation continue avec un taux de croissance de près de 21,9%, en passant de 390.834 abonnés en décembre 2006 à 476.414 abonnés en 2007.

La répartition des abonnés par mode d’accès donne toujours l’avantage à l’ADSL avec une part de 90,6% en décembre 2007, contre 97,8% à la même date de l’année 2006. Le parc des abonnés Internet bas débit est passé de 7862 en décembre 2007, ce qui a permis une hausse de plus de 510,1% sur une année.

L’examen de notre sujet renvoie à trois interrogations principales : Les jeunes marocains utilisent-ils l’internet à des fins positives ? Y a-t-il un contrôle de ces jeunes quand à leur utilisation de l’internet ? L’Etat marocain dispose t-il d’une stratégie globale pour une bonne gouvernance de l’internet ?

Au moment où les sociétés développées avaient lancé des enquêtes pour mieux savoir l’impact de l’utilisation de l’internet sur le développement en général et celui de la jeunesse en particulier, d’autres pays au contraire ne disposent d’études officielles en la matière. Par ailleurs, même pour ceux qui ont réalisé ce type de travail, ce dernier demeure souvent insuffisant. Le Maroc est malheureusement classé parmi cette seconde catégorie qui n’a à son actif que l’absence de toute stratégie en matière de production d’outils visant à faciliter le traitement systématique des questions propres à l’usage de l’internet par les jeunes.

Selon des estimations que nous avons faites, un nombre considérable de jeunes se connectent à l’internet à leur domicile, ils l’utilisent pour des raisons de recherche scientifique, ils confrontent généralement certains sites d’universités étrangères et téléchargent des documents ou travaux de recherches susceptibles de les aider dans la réalisation de leur thèse de fin d’études.

D’autres internautes se rendent aux cybercafés pour consulter leur e-mail ou chercher des informations et données économiques, culturelles, financières, politiques, sportives et sociales, ils vont aussi sur les sites de l’administration pour s’informer sur des démarches administratives, pour mieux connaître leurs droits, consulter les avis de concours administratifs et connaître les offres d’emplois. Ceci dit, Cette catégorie constitue une minorité comparativement aux adeptes du “chat” et autres sites de rencontres ou de conversation.

Cependant, la majorité de nos jeunes aussi bien dans les grandes villes que dans les petits patelins, affluent massivement aux cybercafés pour s’évader un moment ou chercher de nouveaux horizons via une connaissance sur les sites “chat”. Selon une estimation que nous avons faite dans plusieurs cybercafés à Rabat, la plupart des jeunes marocains s’intéressent au “chat” sur les sites Yahoo Messenger, MSN, amitie.fr et autres sites de rencontres. Ces sites constituent une bouffée d’oxygène pour les jeunes marocains qui établissent de nouvelles relations avec des jeunes de différentes nationalités. Il y a même certains internautes qui réussirent, selon nos sources, à se marier grâce aux sites “chat”. Une autre catégorie d’internautes est beaucoup plus attirée, selon les mêmes sources, par les jeux électroniques.

Mais ce qui est frappant, c’est qu’il y a des jeunes marocains qui fréquentent des sites djihadistes et sont soumis à de véritables lavages de cerveau. Pour eux, ces sites généralement basé à l’étranger, représentent le meilleur moyen d’accès aux Fatwas, aux informations « fiables » sur l’Irak, la Palestine et l’Afghanistan .

Ces mauvaises pratiques nous interrogent sur la gouvernance de l’internet, le contrôle de contenu des sites et enfin la manière d’initier les enfants et les jeunes à cet outil et la nécessité d’intégrer en pratique les technologies dans nos organisations pédagogiques et scolaires.

Si les jeunes utilisent massivement et fréquemment le Net dans leur foyer sous le contrôle de leurs parents et pour des fins plus au moins positifs, c’est loin d’être le cas à l’extérieur. Les jeunes adolescents vont sur des sites pornographiques ce qui entraine des effets néfastes sur leur éducation ; ce qui nous interroge aussi sur le rôle de la famille particulièrement les parents dans l’éducation sexuelle.

Une autre catégorie de jeunes voit dans le net un meilleur moyen d’accentuer son autonomie par rapport au cercle familial et d’augmenter son affiliation à différents groupes par la messagerie instantanée, c’est pour cette raison que la majorité d’entre eux créent des blogs.

Le bloggeur adresse avant tout son blog aux amis et aux gens qui le connaissent. Mais il est aussi destiné à un lecteur potentiel, puisque l’on a bien conscience du caractère public du blog.

La majorité des blogs visionnés sont des blogs où le blogueur parle de soi, de sa vie, de ses amis, de son lieu de vie, de ce qu’il aime, des moments agréables qu’il passe, de ce qui révolte. D’autres blogs sont consacrés à un thème particulier, qui peut être de la musique, un sport pratiqué entre amis, la faculté, la diffusion de films ou encore de photos/montages etc.

L’un des principaux objectifs du blog c’est qu’il soit lu par le plus grand nombre de personnes, et par conséquent qu’il y ait le plus de commentaires possibles. Le bloggeur va donc solliciter les commentaires des gens qui passent sur son blog en mettant des photos pour faire réagir ses amis ou encore des rubriques pour leur faire plaisir. Il peut également poser des questions aux visiteurs, lancer des sondages etc.

Les commentaires sont souvent courts et n’engagent pas de grandes discussions. On trouve des exclamations, des commentaires comiques, des insultes, etc. Beaucoup de visiteurs y laissent leurs impressions générales sur le blog ou le bloggeur, ou sur un thème précis d’une rubrique. Certains messages n’ont aucun lien avec la rubrique, mais sont l’occasion de laisser l’adresse de son propre blog. Parfois des discussions un peu plus soutenues s’engagent entre bloggeurs.

La régulation de l’Internet est constitue aujourd’hui un enjeu voire une préoccupation des organisations gouvernementales et non gouvernementales. En fait, la complexité et le défis de la gouvernance de l’Internet ont fait réagir toutes les parties concernées.

Il faut entendre par la gouvernance de l’Internet « l’élaboration et l’application par l’Etat, le secteur privé et la société civile, dans le cadre de leurs rôles respectifs, de principes, normes, règles, procédures de prise de décisions et l’élaboration de programmes communs propres à modeler l’évolution et l’utilisation de l’Internet ».

La gouvernance de l’Internet repose sur des conditions minimales indispensables à la création d’un système de gouvernance efficace : l’autorité, le droit, les sanctions et la compétence de juridiction. Ces quatre mécanismes rendent possible la gouvernance : l’autorité dirigeante peut prendre une décision politique applicable à sa juridiction, inscrire cette décision dans le droit et imposer des sanctions à quiconque désobéit.

L’Internet a le pouvoir d’influencer sur des plans très divers différents types de relations sociales et politiques. À la différence des médias classiques, l’architecture ouverte d’Internet limite les efforts des gouvernements visant à réguler les activités sur Internet ce qui laisse aux utilisateurs une très grande liberté pour influencer Internet à leur guise.

En guise de conclusion, il faut rappeler que l’Internet reste une révolution numérique qui continue à servir toutes les catégories des sociétés humaines qu’elles soient avancées ou moins avancées, mais ce qui est important c’est de savoir comment assurer un meilleur usage de cette technologie pour être au service du développement durable.

Rachid Beddaoui

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Sujets associés : Informatique - Jeunesse

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