Législatives 2002 : Le poids du vote berbère

- 20h13 - Maroc - Ecrit par :

Aujourd’hui que les deux principales composantes de la mouvance populaire, le MP et le MNP, reprennent langue, elles pourraient constituer un pôle électoralement attractif. Le pôle du large spectre berbérisant.

• Mahjoubi Aherdane et Mhaned Laenser.

Lorsque Mahjoubi Aherdane et Mohamed Laenser se sont rencontrés, il y a quelques semaines, cela ressemblait aux retrouvailles du père fondateur et de l’enfant prodigue.
On est donc amené à se demander ce que pèsent, en terme de suffrage, les partis animés par ces deux anciens frères ennemis qui se revendiquent du même substrat linguistique et culturel : Le berbère. D’autant que cette démarche dénote avec la propension scissionniste que connaissent les partis politiques depuis toujours. La mouvance populaire n’y a pas échappé. Elle en a même été une source d’alimentation très prolifique, à partir de la toute première souche créée dès 1957. Pour faire le tour du propriétaire de ce qui est devenu une véritable nébuleuse et un vaste espace de nomadisme parlementaire, il faut dénombrer pas moins de quatre formations inscrites, à peu de nuance près, sous la même “raison” politiquo-culturelle.

Patriache

Au commencement était le MP dirigé par son fondateur, Mahjoubi Aherdane qui a dû céder son sigle en 1986, après une grande polémique et des procès en justice, pour le transformer en MNP. L’héritier du MP, que certains avaient qualifié de squatteur et même de juda, n’est autre que Mohamed Laenser. Puis ce fut au tour de Mahmoud Archane de quitter Aherdane pour créer le MDS. Le dernier sortant des rangs d’Aherdane est Bouazza Ikken dont le rassemblement plutôt groupusculaire a pris pour nom l’UD (Union Démocratique).
À chaque scission, Mahjoubi Aherdane, qui ne fait pas dans la langue de bois, crie à la main occulte du “makhzen” et de sa stratégie d’atomisation de son mouvement. Venant d’un dinosaure de ce même Makhzen, il y a certainement une part de vérité dans son indignation répétitive. Mais ceux qui, chaque fois, ont éprouvé le besoin de se séparer de lui, avaient, eux aussi, quelques raisons pour se mettre à leur compte.
Le vieil amghar, lui, reste imperturbable. Tel un patriarche inamovible, il finit toujours par récupérer, d’une manière ou d’une autre, individuellement ou collectivement, les figueurs de son cercle politique.
Aujourd’hui que les deux principales composantes de la mouvance populaire, le MP et le MNP, reprennent langue, elles pourraient constituer un pôle électoralement attractif. Le pôle du large spectre berbérisant. Aherdane et Laenser ne fusionnent pas. Ils ne présentent même pas de listes communes. Mais ils ont établi une base de coordination pour ne pas se retrouver en concurrence, ou s’annuler mutuellement.

Berbérisme

Ce qui constitue déjà un acquis qui vaut son pesant de voix, par rapport aux autres formations. La démarche est d’une prudence qui en dit long, non pas sur une suspicion mutuelle compréhensible, mais sur le continuum électoral marocain. S’il y avait eu fusion ou même coordination en 1997, aucun des trois partis de l’éventail “populaire”- MP, le MNP et le MDS – n’aurait eu le quota qu’il a obtenu. Chacun de son côté. L’heure est à la prudence. Ce n’est qu’au lendemain du 27 septembre que l’on saura si on évolue toujours dans les mêmes eaux électorales, ou si, pour la première fois, les urnes diront vrai. Face à cette incertitude, on comprend que le MP et le MNP aient préféré ne pas mettre leurs œufs dans le même panier.
Il semble donc que dans le flou artistique du contexte électoral actuel, il n’est possible d’y voir clair qu’en berbère. Encore que ce postulat hasardeux à lui-même besoin de clarification.
Parler de “vote berbère” ressemble à une provocation. Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas d’une dérive ethniciste qui soutendrait, le temps d’une consultation électorale, un vote ethnique. Sur le registre du particularisme exacerbé, comme pour d’autres déviations aux relents meurtriers, le Maroc n’est pas l’Algérie.
Cela paraît comme une redondance supplémentaire, mais il n’y a pas de Kabylie chez nous. Mieux, il n’y a pas d’air géographique où les différents dialectes berbères - tamazight, tachelhit et tarifit - soient circonscrits et cantonnés. Dans les trois Atlas, dans le Rif, dans le Haouz, dans le Souss, comme partout ailleurs au Maroc, on peut parler l’un de ces trois dialectes, au même titre que l’arabe. Si la culture marocaine est plurielle, c’est au prix de ce métissage séculaire et irréversible. Une métissage ethnique et linguistique.
Quant au berbérisme -un vocable qui fait fureur ces derniers temps-, il ne peut être que la revendication culturelle d’un patrimoine national. Son exploitation politicienne, sans être pour autant une menace pour la cohésion du tissu sociologique marocain, est une hérésie, à juste titre prohibée.

Atout

Ceci dit, il n’y a pas à s’offusquer lorsqu’un candidat berbérophone s’adresse à son électorat dans leur dialecte usuel. Il n’y a surtout pas à en faire un casus belli du concordat historique qui fait l’unité du pays. Dans ce cas d’espère, le berbère n’est rien d’autre qu’un outil linguistique facilitateur de la communication, dans une campagne électoral, comme dans la vie de tous les jours.
C’est certainement aussi un atout électoral que se partagent les formations qui se revendiquent d’une certaine berbéritude culturelle. Particulièrement celles qui, en coordonnant leur action, le MP et le MNP, pourraient y trouver un moyen pour accroître leur poids représentatif.
Même si l’USFP et l’Istiqlal améliorent leurs scores, ils devraient s’attendre à compter avec le tandem Aherdane-Laenser. La culture berbère aura contribué à réduire l’éparpillement de la future carte politique marocaine.

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