Maroc : Découverte d’une fresque mexicaine “hérétique” cachée depuis 90 ans dans une église

- 07h00 - Maroc - Ecrit par : Bladi.net

Une église de Mohammédia abritait un secret inestimable ignoré de tous. Une fresque rare du maître mexicain Ángel Zárraga y a été retrouvée par hasard, mais ce trésor risque désormais de disparaître faute d’accord politique pour sa restauration.

La traque a débuté par une simple rumeur de vente aux enchères en 2015. Andrés Ordóñez, alors ambassadeur du Mexique au Maroc, s’est lancé à la recherche d’une œuvre fantôme entre Rabat et Casablanca. Sa quête l’a mené jusqu’à l’église Saint-Jacques de Mohammédia, bâtie sous le Protectorat. Sur le mur du baptistère, le diplomate a identifié une toile de plus de deux mètres, peinte à Paris et transportée au Maroc dans les années 1930, révélant un chapitre inconnu du muralisme mexicain en terre africaine.

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L’œuvre raconte une tragédie familiale et une audace religieuse. Commandée par les frères Hersent, fondateurs du port de Fedala, elle rend hommage à leur neveu Jacques Hildevert, tué à 24 ans durant la Première Guerre mondiale. Zárraga a représenté Saint-Jacques portant le corps du soldat défunt, dont la tête est auréolée. Ce détail défie les règles strictes du catholicisme qui interdisent l’auréole aux non-sanctifiés, une liberté artistique que les experts qualifient aujourd’hui de « limite de l’hérésie ».

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Le temps menace désormais cette pièce unique. La fresque subit l’érosion et l’accumulation de poussière, tandis que des plans d’architecte suggèrent que trois autres panneaux pourraient être dissimulés sous les enduits. Si l’ambassadeur marocain Abdelffatah Lebbar se montre prêt à collaborer, les autorités culturelles mexicaines freinent, invoquant un manque de budget pour envoyer des experts sur place. Cette inertie prolonge l’oubli d’un artiste déjà effacé de l’histoire officielle mexicaine pour son refus du nationalisme révolutionnaire, alors que Picasso lui-même le considérait comme l’un des rares peintres de valeur de son époque.