Maroc : l’irrésistible hausse des mariages précoces

- 20h52 - Maroc - Ecrit par : L.A

Au Maroc, les associations qui luttent en faveur des droits des femmes déplorent le fait que les mariages des mineures aient augmenté, en dépit d’une loi encadrant de façon draconienne ce type d’union. Néanmoins, de façon globale, les choses avancent pour les femmes au Maroc, en particulier au niveau de la législation.

Les mentalités sont bien plus difficiles à changer que les lois. Malgré les avancées incontestables réalisées depuis la promulgation du Code de la famille marocain, voilà déjà 5 ans, les réformes se heurtent souvent à certaines pratiques ancestrales toujours en cours au sein de la société. Parmi celles-ci, le mariage des petites filles. Encadré de façon stricte par la Moudawana, le mariage des filles mineures est pourtant loin d’être une exception. En 2007, sur 38710 requêtes d’agrément de mariage de mineures, 33560 ont été acceptées, soit 93,98% des demandes.

Commentaire étonnant du ministre marocain de la Justice, Abdelwahed Radi, le 8 janvier 2009, devant la Chambre des représentants : Cela « confirme une application saine des dispositions du Code de la famille ». « Le fait qu’il existe des rejets de requêtes (environ 6%), a-t-il encore estimé, démontre qu’il n’y a pas d’aval automatique ». La justice a autorisé, en 2007, le mariage de 1900 filles âgées de 15 ans et de 159 filles âgées de 14 ans. Concernant ces dernières, les requêtes ont été acceptées en raison de la « particularité de leurs conditions sociales », selon Abdelwahed Radi.

En fait, le mariage des mineures a augmenté depuis l’entrée en vigueur du nouveau Code de la famille en 2004, atteignant 10,30% des mariages en 2007, indique la Ligue démocratique des Droits de Femmes (LDDF) dans son rapport annuel de 2007. En outre, les bases sur lesquelles les dérogations sont accordées restent souvent floues. Des associations des droits de la femme dénoncent régulièrement d’ailleurs des cas de violations des procédures. Bien souvent, indique le même rapport, « le contexte dans lequel s’effectue l’écoute et l’enquête de la mineure, ne lui offre pas les conditions pour exprimer sa volonté de manière franche ». Il est ainsi arrivé à l’organisation d’accueillir dans ses centres des « filles qui ont accepté le mariage, car elles n’ont pas pu exprimer leur refus en présence de leur tuteur, par peur de la famille, et devant le fiancé. Le juge s’étant basé sur l’observation (la structure corporelle de la fille) et non sur l’expertise dans le sens procédural stipulé » dans l’article 20 de la loi.

« Stratégies de contournement de la loi »

Jointe par Afrik, Rabia Naciri, Présidente de l’Association Démocratique des Femmes du Maroc, estime que, aussi bien pour les mineurs que pour certains hommes qui épousent une deuxième femme, on a souvent recours à des « stratégies de contournement de la loi ». En fait, on met « le juge devant le fait accompli » après s’être déjà uni selon le rite religieux, qui est très largement accepté parmi la communauté. Le tribunal n’a alors d’autre choix que de bénir le mariage. La militante des droits des femmes pointe aussi du doigt le problème des « juges corrompus » et ceux qui privilégient les « valeurs patriarcales », dont ils se croient les dépositaires, aux dépends de la loi. Face à cela, Rabia Naciri prône des « sanctions ». La Moudawana a accordé, à partir du 5 février 2004, une période de 5 ans aux couples en situation « irrégulière » pour qu’ils valident leur mariage auprès d’un tribunal. Le délai, expiré le 5 février 2009, restera sans conséquences, puisqu’il n’est justement assorti d’aucune mesure ou sanction.

Une batterie de lois en faveur de l’émancipation de la femme

Si sur le terrain le Code de la famille n’a pas encore tenu toutes ses promesses, il n’en demeure pas moins qu’au point de vue juridique le Maroc est en passe de battre le record des lois en faveur de l’émancipation de la femme dans la région. Chantier du moment : les organisations des droits de la femme espèrent arriver à introduire des sanctions contre les maris violents au Code pénal, qui est actuellement ouvert à révision. Le pays vient aussi de lever les réserves sur la Convention internationale de lutte contre la discriminions (CEDAW), avec laquelle il devra maintenant harmoniser toute sa législation. Ce n’est pas tout : Une loi sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes verra sous peu le jour. A la faveur des réformes introduites récemment dans le Code des élections, le taux de représentativité des femmes aux élections est aussi porté à 12% au moins. De même, le Code de la nationalité permet, depuis janvier 2007, à la femme marocaine de donner sa nationalité à son fils, privilège dévolu jusqu’ici au père.

Source : Afrik.com - Djamel Belayachi

  • Moudawana : mentalités bloquées

    Cinq années après son entrée en vigueur, quel bilan peut-on dresser de l'application du nouveau Code de la famille ? Entre l'optimisme de certains et le pessimisme d'autres, il est difficile à établir. Toutefois, l'on s'accorde à dire que bien que le changement soit lent, des progrès sont bien là.

  • Plus de 33.000 mariages de mineures en 2007

    4 ans après la révision de la moudawana et malgré le mariage légal à 18 ans, 33.000 mariages de mineures marocaines ont eu lieu en 2007. Selon la Ligue démocratique des droits des femmes (LDDF), près de 87% des mariages de mineures soumis au juge ont été approuvés.

  • Au Maroc, le mariage sans acte de... mariage

    Après plus de sept ans de mariage, Hamid S., fermier dans un petit village (Ba Mohamed) des alentours de Fès (nord-est du Maroc), pense enfin à officialiser son mariage. Il explique : “On m'a expliqué l'intérêt d'un acte de mariage."

  • 836 mariages polygames en 2008 au Maroc

    Selon les chiffres fournis par le Ministère de la justice pour l'année 2008, "seulement" 836 cas de mariages polygames ont été contractés dans le pays. Cela représente 0,27% des mariages au Maroc, en baisse continue depuis plusieurs années.

  • Plus de 41.000 mineures mariées en 2010 au Maroc

    En 2010, 41.098 actes de mariages de mineures ont été conclus contre 33.253 actes en 2009, soit une hausse de 23,59%, selon le ministère marocain de la Justice. Scandalisée, la Ligue démocratique pour les droits de la femme (LDDF), assimile ces actes à de la pédophilie autorisée.

  • Hausse alarmante de mariages de mineures au Maroc

    La hausse des mariages entre mineurs inquiète les autorités marocaines. Ces unions, qui représentent officiellement 10,5% des mariages au Maroc, connaissent une croissance sans précédent depuis 2006.

  • Augmentation inquiétante des mariages de mineures au Maroc

    Les coutumes ont la peau dure. Preuve en est le nombre de mariages de filles mineures en constante augmentation. Celui-ci, supposé baisser avec le nouveau code de la famille, serait passé de 30.685 en 2008 à 33.253 en 2009.

  • Perspectives : le Code de la famille au Maroc cinq ans plus tard

    Cinq ans après la réforme du Code de la famille au Maroc, la ''Moudawana'', Hakima Fassi-Fihri, professeur-chercheur, et Zakia Tahiri, réalisatrice, cherchent à déterminer si la société marocaine a observé des changements.

  • Rapport US sur les droits de l'Homme au Maroc

    “Plutôt que de donner une note au Maroc et sa gestion de la question des droits de l'Homme, je dirais que l'on voit les progrès accomplis en la matière par le Royaume ». Au-delà de la prudence toute diplomatique, Robert P. Jackson, le chargé d'affaires de l'ambassade des Etats-Unis au Maroc, n'hésite pas, ce jeudi 26 février, soit 24 heures après la publication par le Département d'Etat américain d'un rapport sur la situation des droits de l'Homme au Maroc, en 2008, à reconnaître les progrès « en continu ».

  • Les Marocaines déçues par l'application du code de la famille

    Khadija Aga avait 33 ans. Le 29 octobre, elle a quitté son domicile près de Casablanca, avec ses trois fillettes âgées de 12, 7, et 2 ans. Quelques heures plus tard, elle s'est jetée avec ses enfants sous un train. Le matin même, la jeune femme avait donné à son mari, à contrecoeur, l'autorisation de prendre une seconde épouse. Khadija était enceinte d'une quatrième fille. "Son mari voulait des garçons. C'est pour cela qu'il avait décidé de prendre une deuxième femme", disent les voisins.