Au Maroc, des partis préfèrent rencontrer les chrétiens en secret avant les élections
À l’approche des législatives du 23 septembre, des organisations de chrétiens marocains cherchent à se rapprocher des partis. Selon leur Coordination, certains acceptent le dialogue mais préfèrent le mener discrètement, par crainte qu’une proximité affichée avec les chrétiens leur coûte des voix.
La Coordination des chrétiens marocains veut profiter de la période électorale pour remettre la liberté de croyance et de conscience dans le débat politique. Elle souhaitait voir ces questions apparaître dans les programmes des partis, mais estime que la plupart sont désormais suffisamment avancés pour privilégier un dialogue après les élections, rapporte Hespress.
Mustapha Soussi, secrétaire général et porte-parole de la Coordination, affirme que des démarches sont notamment menées auprès des formations de gauche. L’objectif est de les pousser à prendre en compte la situation des chrétiens marocains et, plus largement, celle des minorités religieuses.
Cette volonté prolonge les demandes de reconnaissance juridique formulées depuis plusieurs années par les chrétiens marocains.
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Mais le principal obstacle serait électoral. Selon Mustapha Soussi, certaines formations redoutent qu’un rapprochement public avec les chrétiens marocains fasse fuir une partie de leurs électeurs. Il affirme que des partis continuent ainsi à rencontrer discrètement des organisations défendant ouvertement la liberté de croyance.
Le coût électoral inquiète certains partis
La Coordination assure tenter d’ouvrir ces canaux depuis environ 2018. Pour elle, les partis ne devraient pas déterminer leur position uniquement en fonction du nombre de voix susceptibles d’être gagnées ou perdues, mais aussi en fonction de leurs principes et de leur programme.
Les revendications dépassent la seule pratique religieuse. Les organisations chrétiennes ont déjà demandé des églises où les Marocains puissent pratiquer officiellement leur culte, mais aussi davantage de reconnaissance juridique et une prise en compte de leur situation dans plusieurs domaines de la vie civile.
Une autre organisation, l’Union des chrétiens marocains, dit avoir elle aussi approché plusieurs partis. Son président, Adam Rbati, affirme notamment avoir adressé un appel au Parti authenticité et modernité (PAM), par l’intermédiaire de l’un de ses dirigeants, sans obtenir de réponse.
L’Union, qui ne dispose pas d’autorisation des autorités marocaines, souhaite également faciliter l’entrée de chrétiens marocains dans la vie politique. Elle prévoit d’encourager ses sympathisants, notamment les jeunes et les familles, à participer aux élections, à consulter les programmes et à voter pour les candidats qu’ils jugent les plus proches de leurs attentes.
Sur Bladi.net : L’appel des chrétiens marocains
Le sujet est ancien. Les chrétiens marocains avaient déjà interpellé le gouvernement d’Aziz Akhannouch sur leurs droits dès son arrivée au pouvoir, notamment sur le culte, le mariage et la liberté religieuse. À quelques semaines des nouvelles législatives, leurs organisations veulent désormais déplacer cette bataille vers les partis.
Reste une difficulté que leur démarche met précisément en lumière : certains responsables peuvent accepter de discuter de la liberté de croyance en privé, selon la Coordination, tout en hésitant encore à assumer publiquement ce débat devant leurs électeurs.