Rap en darija : La spécificité linguistique du rap marocain

- 10h30 - Maroc - Ecrit par : P. A

Dans un entretien à TV5 Monde, Anissa Rami, journaliste spécialiste du rap revient sur les origines du rap marocain et son évolution dans le temps.

Au Maroc, le rap a « une identité qui lui est propre » et « s’est vraiment développé dans les années 2000… Le rappeur Don Bigg est l’un des pionniers, il a sorti son album en 2006. C’était des morceaux assez dénonciateurs. Ensuite, de 2012 à 2016, de plus en plus d’artistes ont vu le jour. Par exemple, le collectif Naar a vraiment participé à l’essor du rap au Maroc », explique Anissa Rami. Par la suite, le rap marocain s’est rapidement exporté. « Très vite, le rap marocain s’est tourné vers l’étranger et vers la France. Il y a des collaborations avec Koba LaD, Laylow. 2019 a été une année où ce collectif a vraiment été connu en France », ajoute-t-elle.

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La spécialiste du rap insiste sur la particularité du rap marocain qui se fait en « darija marocain ». « Il y a pas mal d’artistes africains qui peuvent rapper en français ou en anglais, là il y a une spécificité de garder la langue et de rapper dans cette langue-là. Même s’ils ont une volonté d’être connus à l’étranger, ils gardent cette spécificité en la mélangeant avec l’anglais, l’espagnol et même le français. Le rap marocain a eu envie d’amener cette touche de : “On vient du Maroc, on veut garder notre culture marocaine”, tout en faisant des liens avec la France », développe l’experte, notant aussi des collaborations entre rappeurs marocains et afrobeats.

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Au-delà de la langue, le rap marocain se distingue également par « les instrus, qui vont être influencées par des rythmiques de Raï. Le fait de garder sa propre identité fait que c’est un rap reconnaissable… qu’ils arrivent à se différencier, à être connus en tant que rappeurs marocains. Il y a une vraie scène dans le pays, les artistes font beaucoup de collaborations entre eux. Il y a une vraie volonté d’être connus avec leur propre identité ». Selon Anissa Rami, les rappeurs marocains ont conquis le public marocain. « Le rap français était beaucoup écouté au Maroc », mais aujourd’hui, il y a « cette volonté d’écouter ses propres rappeurs, d’aller à leurs concerts, etc. La France a longtemps été vue comme un eldorado, mais c’est moins le cas maintenant », souligne-t-elle.

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Le rap en France ou aux États-Unis est un style engagé. Il en est de même du rap marocain, témoigne la journaliste. « Le rap marocain a commencé par des revendications. Mais un peu comme le reste du rap, il y a beaucoup plus de divertissement maintenant… Les rappeuses de la nouvelle génération ont aussi plus ce rôle de dénoncer, un peu comme en France. Elles vont dénoncer par exemple les oppressions faites aux femmes », commente Anissa Rami, évoquant par ailleurs des difficultés pour les rappeurs marocains à signer dans des labels sur place. « El Grande Toto par exemple est signé en France… On peut faire du rap (au Maroc), mais on ne peut pas gagner sa vie avec ».

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