Casablanca : des maisons rasées, des familles en colère

- 12h00 - Maroc - Ecrit par : S.A

De vastes opérations de démolition ont été entreprises à Casablanca afin de libérer la ville des constructions anarchiques empiétant sur le domaine public. Ces opérations s’inscrivent dans le cadre des préparatifs de la Coupe du monde de football que le Maroc co-organise en compagnie de l’Espagne et du Portugal.

Casablanca change. Des opérations de démolition intenses ont ciblé la médina le quartier El Hassani, El Hassani Aïn Sebaâ, et le quartier Hay Mohammadi dans le cadre de procédures d’expropriation pour utilité publique. Ces opérations visent également à libérer Casablanca des habitats précaires avec pour finalité réaménager l’espace urbain de la ville. La série d’opérations de démolition que connaît la région de Casablanca-Settat s’inscrit dans les efforts de l’État pour réhabiliter le tissu urbain et moderniser les infrastructures de la ville, une orientation nécessaire au développement urbain, explique à Al3omk le coordinateur de la Coordination des victimes des décisions de démolition dans la médina.

Ainsi, les victimes des décisions de démolition comprennent le bien-fondé de ces opérations de démolition. Toutefois, elles dénoncent la célérité dans l’exécution des décisions administratives et des ordres du ministère de l’Intérieur.
Ce dernier reproche aux autorités de ne pas avoir adopté une approche participative réelle avec les populations affectées. Selon lui, le manque de concertation sur les délais appropriés pour les démolitions et les alternatives de relogement aggrave les tensions sociales, et pourrait compromettre l’opération dans son ensemble face à la montée des protestations et au rejet par les familles concernées du mode de gestion actuel.

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Plusieurs familles dénoncent le caractère dérisoire des indemnisations versées dans le cadre de la procédure d’expropriation pour utilité publique. « Nous avons à plusieurs reprises demandé aux autorités de transformer la décision en une procédure d’expropriation afin de bénéficier d’une compensation financière », affirme une femme, résidant auparavant dans la médina. Et d’ajouter : « même les indemnisations accordées dans ce cadre sont faibles. En plus, les démolitions interviennent à des périodes qui coïncident avec la poursuite de l’année scolaire, ce qui pourrait aggraver le décrochage scolaire. »

Selon les explications d’un avocat au barreau de Casablanca, la procédure d’expropriation pour utilité publique obéit à des conditions juridiques strictes, au premier rang desquelles figure le besoin pressant de l’État ou d’une de ses institutions d’acquérir un bien foncier déterminé en vue de la réalisation d’un projet d’intérêt général, tel que la construction d’autoroutes, de lignes ferroviaires, de stades ou d’autres grands projets de développement. Cette opération commence par la formation d’une commission administrative composée de représentants des différentes autorités concernées, chargée d’étudier le bien objet de la procédure, a-t-il détaillé, ajoutant que cette commission propose une offre financière en contrepartie du transfert de propriété, présentée au propriétaire initial comme une indemnité correspondant à la valeur estimée du bien par ladite commission.

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En cas de refus du propriétaire d’accepter cette somme, celle-ci est transférée aux « domaines de l’État » de la région où se situe le bien, ce qui constitue une étape officielle permettant à l’État d’en prendre légalement possession, explique encore l’homme de droit. Et de préciser : le tribunal administratif, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, a la possibilité d’ajuster le montant de l’indemnisation, à condition qu’il ne soit pas inférieur à celui initialement proposé par la commission mixte, insistant sur le fait qu’« en aucun cas le tribunal ne peut fixer une indemnité inférieure à celle proposée au départ, afin de garantir un minimum de protection des droits des propriétaires. »

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