Corruption : Les entreprises entre le marteau et l’enclume

- 23h08 - Maroc - Ecrit par : L.A

Les entrepreneurs ont beau adopter des codes de déontologie et de bonne gouvernance, tous leurs efforts seront mis en échec si les pouvoirs publics ne les accompagnent pas. C’est l’un des principaux constats dressés par les participants à la journée animée par la CGEM, sous le thème « Gouvernance d’entreprise et lutte contre la corruption », vendredi dernier, à Casablanca. Transparency International et le Center for International Private Enterprise comptaient également parmi les organisateurs. Plusieurs intervenants de Tunisie, d’Algérie et d’Egypte sont aussi venus témoigner de leur expérience.

Malheureusement, les récits des entrepreneurs d’Afrique du Nord se ressemblent beaucoup. Pendant la pause café, les langues se sont déliées. « Je n’ai pas eu le choix de corrompre un inspecteur. Autrement, ma marchandise serait restée coincée au port pendant des jours et mon usine serait tombée en arrêt de montage », confie l’un deux. « Nous sommes confrontés à la corruption chaque jour. Et souvent cela coûte beaucoup plus cher de lutter que de céder… C’est horrible de devoir le dire mais c’est la vérité : nous n’avons pas toujours les moyens d’être transparents », déplore un autre.

En effet, le défi de sensibilisation auprès des businessmen est énorme. « Ils sont axés sur les résultats. Le meilleur moyen de les convaincre est de parler le langage de la compétitivité, et non celui de la morale », explique Abdesselam Aboudrar, président de la Commission de lutte contre la corruption à la CGEM, et de la Commission nationale gouvernance d’entreprise. « Les entreprises ont aujourd’hui de nouvelles responsabilités : sociales, environnementales, etc. Le contexte de globalisation les oblige à répondre à des critères beaucoup plus stricts, et les TI facilitent beaucoup la circulation de l’information », précise Aboudrar. Au Maroc, avec un tissu économique constitué à 98% de PME, la situation est jugée particulière. « Un très bon nombre d’entre elles sont des entreprises familiales. Et bien souvent, la distinction entre les fonds de la personne morale et ceux de la famille ne se fait pas », poursuit le président. Les interventions de sensibilisation doivent donc cibler aussi bien la gestion interne que les relations de la société avec ses clients, ses fournisseurs, etc.

La journée de réflexion tombait d’ailleurs à point, alors que le très attendu Code marocain de bonnes pratiques de gouvernance d’entreprise devrait être mis en consultation dès la semaine prochaine, et mis en place avant la fin de l’année. Ce code de conduite s’adressera aussi bien aux PME qu’aux institutions de crédit, sociétés publiques et mixtes. « Ce ne sera pas une loi au sens propre du terme, mais plutôt un référentiel », soutient Aboudrar. « Il fonctionnera selon le principe comply or explain, c’est-à-dire que ceux qui ne s’y conformeront pas seront dans l’obligation d’expliquer pourquoi ».

Le Maroc, beau parleur ?

Le Maroc est signataire de la convention de l’ONU pour la lutte contre la corruption, mais il ne cesse de dégringoler dans le classement annuel de l’Indice de perception de la corruption de Transparency International (TI). Il occupait le 52e rang en 2002, contre le 72e cette année.Selon les entrepreneurs marocains interrogés par TI, les cinq « secteurs » les plus corrompus sont : les agents de circulation (99%), les moqaddems (97%), les employés du ministère des Transports (96%), les douaniers (95%) et les fonctionnaires de l’administration locale et municipale (92%).

L’Economiste - Marie-Hélène Giguère

  • Un observatoire contre la corruption

    Transparency Maroc a annoncé mardi la création d'un Observatoire de la corruption et une unité juridique pour aider les victimes de ce fléau.

  • Une cellule pour recueillir les plaintes anti-corruption

    L'ONG Transparency Maroc change de cap. Association de lutte contre la corruption, cette ONG avait toujours refusé d'être une instance d'enregistrement des plaintes des citoyens dénonçant la corruption.

  • La notation de la corruption au Maroc par Transparency international s'améliore

    Le Maroc a connu une amélioration de sa notation par Transparency international en ce qui concerne l'indice de perception de la corruption. Lors de son assemblée annuelle qui s'est tenue samedi 26 janvier à Rabat, l'association Transparency Maroc a néanmoins appelé les Marocains à rester vigilants. « La vigilance nécessaire ne doit pas être affectée par cette amélioration dans notre pays », indique le rapport moral de l'association.

  • La corruption, un mal marocain

    Radié du barreau en février 2005 pour avoir dénoncé la corruption au sein de l'appareil judiciaire, l'avocat tétouanais vient de créer une association pour protéger et fédérer les victimes de la corruption. Entretien.

  • De nouveaux mécanismes contre la corruption dans les hôpitaux

    Le ministère de la santé s'attèle à la mise en place de nouveaux mécanismes pour la lutte contre la prévarication et la corruption qui minent le fonctionnement de certains hôpitaux a indiqué Yasmina Baddou.

  • Corruption, encore une nouvelle loi...

    Les horizons sont divers et le reproche unanime : la corruption est un mal insidieux qui ronge le Maroc. Economiquement, elle serait l'ennemi public numéro 1. Pour l'abattre, le législateur n'hésite pas à renforcer l'arsenal juridique à chaque fois qu'il en a l'occasion. La ratification de la convention de New York (2003) relative à la lutte contre la corruption (publiée au Bulletin Officiel du 17 janvier) complète le dispositif. Les 71 dispositions de cette convention traitent de tous les aspects relatifs à la lutte contre la corruption et même le blanchiment d'argent.

  • Corruption : L'instance de prévention tarde à venir

    Encore une mesure contre la corruption. Ce mal insidieux qui ronge notre société. Il s'agit de la mise en place d'une instance de prévention. Celle-ci, annoncée il y a près de 6 mois, sera lancée dans les semaines à venir, selon les propos du ministre chargé de la Modernisation des secteurs publics, Mohamed Abbou. Cette instance, dépendante de la Primature, aura pour mission de superviser et d'assurer le suivi de la mise en oeuvre des politiques de prévention de la corruption. Elle assurera aussi la diffusion d'informations dans le domaine. Elle aura en outre la possibilité de proposer au gouvernement des orientations en matière de politique de prévention ou des mesures de sensibilisation de l'opinion publique.

  • Corruption : Une légère amélioration pour le Maroc

    Le Maroc a réalisé une légère amélioration de son classement d'après l'Indice de perception de la corruption (IPC). En effet, il passe du 79e rang en 2006 au 72e en 2007. Sa note a aussi enregistré une timide augmentation passant de 3,2 à 3,5. Ceci dit, la tendance lourde confirme toujours la pérennité d'une corruption endémique d'après le rapport moral de 2008 de Transparency Maroc.

  • Corruption, malheur aux dénonciateurs !

    Si vous dénoncez un acte de corruption, c'est à vos risques et périls ! Car la loi ne vous protège pas. Et les multiples rappels à l'ordre de Transparency Maroc n'y ont rien changé. Avec la publication de la convention de New York de 2003 au BO, l'absence d'une protection légale des témoins et victimes de corruption se fait encore plus ressentir.

  • Création d'une instance de prévention de la corruption

    La création d'une instance centrale de prévention de la corruption sera annoncée dans les prochaines semaines, a indiqué Mohamed Abbou.