La corruption fait perdre au Maroc, annuellement, 5% de son PIB

8 février 2021 - 06h40 - Ecrit par : Bladi.net

Les nombreux efforts engagés par le Maroc depuis des décennies pour lutter contre la corruption ne semblent pas porter leurs fruits. Lancée en 2015 et mise en œuvre l’année suivante, la stratégie nationale de lutte contre la corruption dont l’échéance arrive en 2025 n’a pas réussi à vaincre le mal.

Le chantier de la lutte contre la corruption a encore du plomb dans l’aile au Maroc. Mohamed Bachir Rachdi, Président de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC), ne nie pas l’existence du phénomène. Dans la première édition de la « Lettre de la probité », éditée par cette instance, à l’occasion de la journée nationale de la lutte contre la corruption, célébrée le 6 janvier de chaque année, il affirme que le mal est « en tête des facteurs qui sapent les fondements de l’État de droit et favorisent les différentes formes de privilèges, de clientélisme et de népotisme », rapporte Maroc Diplomatique.

Il faut retourner en 1998, pour relever les nombreuses initiatives anti-corruption lancées, concrétisées par l’adhésion du Maroc à plusieurs conventions internationales, notamment la convention des Nations unies contre la corruption (CNUCC), la convention arabe contre la Corruption (CAAC) et la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption. Plus tard en 2015, le pays procède à l’adoption et la mise en place de plusieurs mécanismes et plans gouvernementaux, dont une « Stratégie nationale anti-corruption » (SNAC) dans le but de renforcer l’arsenal juridique pour la lutte contre la corruption. Mais avant cela, la Constitution de 2011, a mis l’accent sur l’engagement du Maroc dans l’adoption des principes de bonne gouvernance, d’intégrité et de transparence.

Un petit bilan aujourd’hui permet d’affirmer que le mal continue de progresser dans le royaume. Pour mesurer l’impact des actions menées par le Maroc contre la corruption ces 20 dernières années, il faut se référer à une enquête menée par l’Institut Royal des Études stratégiques (IRES). Les conclusions de cette enquête soulignent que la corruption au Maroc s’affirme comme l’un « des principaux obstacles à un vivre-ensemble apaisé ». En réalité, deux décennies plus tard, tous les signaux sont au rouge, prouvant ainsi l’échec patent de la lutte contre le mal. En effet, plusieurs rapports, analyses et enquêtes, nationaux et internationaux, confirment que la corruption s’est implantée dans tous les secteurs d’activité, confortant ainsi son ancrage destructeur. Le Maroc se positionne au 73ᵉ rang mondial (sur 180 pays), dans le classement des pays, selon l’Indice de perception de la corruption (IPC). Le royaume gagne ainsi huit places et trois points par rapport à l’année 2017. Mais en 2019, le pays a reculé de 7 places pour se trouver à nouveau au 80ᵉ rang mondial sur 180 pays, perdant ainsi 2 points et totalisant le score de 41 sur 100.

Une autre étude significative, menée par l’INPPLC intitulée, « situations de la corruption au Maroc : Étude approfondie de l’Indice de perception de la corruption_R.004/2020 », vient confirmer l’ampleur du phénomène. Elle relève que « la position du Maroc, depuis plus de 15 ans, se caractérise par une relative stagnation, avec un classement oscillant entre les 73ᵉ et 90ᵉ positions ». En clair, le pays continue à souffrir de l’ampleur du phénomène de la corruption et de la perception qui l’accompagne. Une récente enquête de Transparency Maroc démontre quant à elle, que « 74 % des Marocains estiment que le gouvernement n’est pas à la hauteur pour enrayer ce fléau ».

« Des efforts indéniables déployés, oui peut-être, mais, les résultats, eux, sont mitigés, relevés par des évolutions en dents de scie dans la plupart des classements internationaux », conclut cette enquête de Transparency Maroc. Et à l’Association marocaine de protection des fonds publics, de préciser que « le phénomène fait perdre au Maroc, annuellement, 5 % de son PIB ». Selon elle, « ce fléau continue donc de remettre en cause l’égalité des chances et celle d’avoir accès aux moyens de produire et d’assurer les conditions d’une meilleure et plus équitable répartition des richesses ».

Avec la crise sanitaire due au Covid-19, le phénomène de la corruption s’est amplifié. Selon Mohamed Bachir Rachdi, Président de l’INPPLC, « le Maroc se trouve aujourd’hui plus que jamais face à de grands défis ». Le royaume « se doit d’opérer les inflexions majeures qui s’imposent, en veillant à accélérer les réformes structurelles, pour créer les conditions favorables au nouveau modèle de développement souhaité ». Aussi, devrait-il faire « de la transparence et de la gouvernance responsable, un socle incontournable pour pouvoir satisfaire les besoins et les attentes légitimes des citoyens ».

Tags : Corruption - Enquête - Transparency Maroc - Constitution marocaine

Aller plus loin

Corruption : l’appel de Transparency Maroc au gouvernement

Transparency Maroc fustige le retrait du projet d’amendement du Code pénal qui introduisait l’incrimination de l’enrichissement illicite. Elle appelle le gouvernement « à faire...

Maroc / loi anti-corruption : les députés intensifient les discussions

Le débat s’intensifie dans le rang des députés sur le projet de loi sur la réforme de l’instance de probité, de prévention et de lutte contre la corruption. Certaines dispositions de...

Le Maroc, mauvais élève dans la lutte contre la corruption

Le Maroc n’a pas fait de progrès patent dans le domaine de la lutte contre la corruption. Avec un score de 40/100, il perd même un point comparé à l’année dernière, occupant la 86ᵉ...

Le PJD soutient ses membres accusés de corruption

Le PJD accorde son soutien à ses membres accusés de mauvaise gestion et de dilapidation de deniers publics. La prise de position du parti est perçue par de nombreux...

Nous vous recommandons

Stéphanie de Monaco donne le top de départ du Rallye Aïcha des Gazelles

C’est depuis la place du palais que Stéphanie de Monaco a donné samedi 19 mars, le coup d’envoi (catégorie électrique) de la 31ᵉ édition du Rallye Aïcha des Gazelles. Une course qui réunit au Maroc des femmes passionnées d’aventures et de sensations...

Nice : un Algérien poursuivi pour avoir égorgé sa femme d’origine marocaine

Un homme de 77 ans est jugé devant les Assises à Nice pour avoir égorgé sa compagne qui voulait partir toute seule au Maroc, son pays natal. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Les touristes marocains désertent Sebta

Le tourisme a repris timidement à Sebta depuis la réouverture de la frontière avec le Maroc. Près de 4 500 touristes dont 1760 Marocains sont entrés dans la ville en mai, un chiffre bien loin des 6 400 enregistrés entre 2012 et...

MRE : Algésiras espère une reprise imminente des liaisons maritimes avec le Maroc

Le président de l’Autorité portuaire de la baie d’Algésiras, Gerardo Landaluce, espère que le rapprochement entre l’Espagne et le Maroc facilitera la reprise du trafic maritime de passagers avec Tanger Med, suspendu depuis deux...

Le Maroc interdit la culture de la pastèque rouge à cause de la sécheresse

Face à la sécheresse qui sévit cette année au Maroc, le gouvernement a décidé d’interdire la culture de la pastèque rouge, un fruit qui contribuerait fortement au stress hydrique observé dans sud-est du...

La Britannique portée disparue retrouvée saine et sauve au Maroc

Esme Louise Holmes, la Britannique de 27 ans, portée disparue a été retrouvée saine et sauve au Maroc. La police du Yorkshire du Nord a pris le soin d’informer sa famille restée sans ses nouvelles depuis plus d’un...

Ramadan 2022 au Maroc : voici les horaires des administrations

Le ramadan devrait commencer le dimanche 3 avril 2022 au Maroc, selon les calculs astronomiques. C’est l’occasion pour toutes les administrations de changer les horaires de travail pour s’adapter au nouveau rythme des...

Les autorités donnent une semaine aux Marocains pour rentrer au pays

Les autorités marocaines ont annoncé la suspension des vols exceptionnels destinés à rapatrier les Marocains bloqués à l’étranger à partir du 23 décembre, suite à l’apparition du premier cas du nouveau variant d’Omicron au...

Le Maroc « renonce » à Ceuta et Melilla pour le Sahara

L’Espagne a annoncé vendredi son soutien au plan d’autonomie du Sahara proposé par le Maroc. En retour, le royaume s’est engagé à respecter « l’intégrité territoriale » de l’Espagne, ce qui signifie qu’il renonce à ses envies annexionnistes sur Ceuta, Melilla et...

Ruée des entreprises et touristes israéliens vers le Maroc

La normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël intervenue en décembre 2020 provoque une ruée des entreprises et touristes israéliens vers le royaume.