Elle était saisonnière en Espagne, elle est désormais patronne au Maroc

- 15h00 - Maroc - Ecrit par : S.A

Un programme de l’Organisation internationale du Travail (OIT) a changé la vie de Fatima Laanieg. Cette Marocaine est passée de saisonnière agricole à propriétaire d’une épicerie prospère.

Petite, Fatima Laanieg savait déjà ce qu’elle voulait faire dans la vie. « J’ai toujours aimé travailler. L’école ne m’intéressait pas vraiment ; j’étais plus attirée par l’action et les activités manuelles. Plus jeune, mon travail principal consistait à m’occuper de la maison et des enfants. Mais dans ma tête, je me disais : j’ai besoin de quelque chose à faire, quelque chose qui me rapporte un peu d’argent », confie dans une publication de l’OIT. Après son mariage, sa plus grande détermination a été d’aider son époux. « Cuisiner et faire le ménage font partie du quotidien, nous le savons tous. Mais je voulais une activité durable, quelque chose qui m’occuperait et me rapporterait un revenu supplémentaire pour aider mon mari. Chaque femme a ses ambitions. »

À lire : Les saisonnières marocaines de retour en Espagne

En 2021, une opportunité s’offre à elle. Elle part en Espagne pour y travailler en tant que saisonnière agricole. « Les conditions de travail étaient bonnes et je n’ai rencontré aucune difficulté », assure Fatima. Mais elle s’est accrochée à son rêve de toujours, celui de créer sa propre entreprise. « Le problème, c’est que je n’avais ni les moyens ni le savoir-faire. ». Elle ne tardera pas à trouver une solution. En 2022, elle reçoit un appel de l’ANAPEC, l’Agence nationale marocaine de promotion de l’emploi et des compétences. « Ils m’ont expliqué qu’il existait un programme destiné aux travailleuses agricoles saisonnières pour les aider à créer leur propre entreprise. Je me suis inscrite, et lorsqu’ils m’ont demandé : “Avez-vous déjà une idée ?”, j’ai répondu : ‹Oui. J’aimerais ouvrir une épicerie›, raconte la mère de famille.

À lire : Hasnae Taleb, la Marocaine qui pèse 3,8 milliards de dollars

Il s’agit de WAFIRA (Women As Financially Independent Rural Actors), un projet pilote qui vise à former et accompagner 250 travailleuses rurales marocaines participant au programme de migration circulaire vers l’Espagne dans le lancement d’Activités Génératrices de Revenus. Son objectif ultime est l’autonomisation financière des femmes cibles et leur intégration socio-économique durable dans leurs communautés d’origine. Grâce à WAFIRA, Fatima a acquis des compétences. Elle a appris à créer une entreprise, à séparer l’argent personnel de l’argent de l’entreprise ; à tenir sa comptabilité, à gérer ses clients et à collaborer avec ses fournisseurs. « Par exemple, lorsque le distributeur ou le fournisseur vient me remettre une facture. S’il ne la reçoit pas, je la lui demande, car j’ai besoin de savoir exactement ce que j’ai dépensé »

À lire : Belgique : la Marocaine Ilham Kadri décroche un bonus record de 25,7 millions d’euros

Sa famille a été d’un grand soutien tout au long du processus. « Mon mari m’a également beaucoup soutenue. Il m’a dit : “Peu importe le résultat, l’important, c’est l’expérience. Au moins, on apprend et on avance.” Son soutien a fait toute la différence. » Aujourd’hui, elle est propriétaire d’une épicerie au Maroc. Pour autant, elle n’a pas cessé de travailler à l’étranger. « Je continue à aller travailler quatre mois par an en Espagne et ma famille m’aide à gérer le magasin pendant mon absence. » L’entrepreneuse vise loin. « Mon rêve est que mon projet aboutisse. Je veux me constituer un capital. Pour l’instant, c’est modeste, mais je travaille dur pour qu’un jour, il devienne quelque chose de grand. Pourquoi ne pas commencer par une petite boutique, puis la transformer en supermarché, et ensuite en ouvrir d’autres ailleurs ? Mon projet grandit, petit à petit », confie Fatima.

À lire : Sana Khouja, la Marocaine qui a révolutionné le monde du vin en Espagne

Elle ajoute : « Quand mon fils sera grand, j’aimerais aussi qu’il se lance dans les affaires et apprenne ce métier. C’est ma vision et mon rêve. »