Au Maroc, de la farine mélangée à du papier ? enquête en cours
Des déclarations explosives d’Ahmed Touizi, président du groupe parlementaire du Parti authenticité et modernité (PAM), sur la farine subventionnée par l’État et utilisée dans certaines minoteries Ahmed Touizi ont poussé le parquet général près la Cour d’appel de Rabat à ordonner l’ouverture d’une enquête. De son côté, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) confirme l’existence d’irrégularités dans certaines minoteries.
Lors de la discussion du projet de loi de finances 2026 à la Chambre des représentants, le député a remis en question la qualité de la farine subventionnée par l’État. Il a accusé certaines minoteries de « moudre du papier avec la farine ». Selon lui, certaines minoteries bénéficiaient indûment de plus de 16 milliards de dirhams d’aides publiques. Suffisant pour susciter l’ouverture par le parquet général près la Cour d’appel de Rabat d’une enquête judiciaire confiée à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ).
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Ces mêmes propos ont provoqué un tollé. Moulay Abdelkader Alaoui, président de la Fédération nationale de la minoterie, a qualifié les propos du député de « coup de com’ » et d’« erreur grave ». Il affirme que le chiffre de 16,8 milliards de dirhams évoqué par Touizi « défie la logique », car il correspondrait à environ 60 millions de quintaux de blé tendre, à raison de 270 dirhams le quintal. Selon lui, l’élu PAM faisait probablement référence à la compensation entre le prix d’importation et celui de vente aux minoteries. Il rappelle que ce mécanisme de soutien a été suspendu depuis mai dernier en raison de la stabilisation des prix mondiaux. « Les minoteries ne bénéficient pas directement de ce soutien », a insisté, Alaoui, précisant que ce sont les importateurs qui en profitent, l’État prenant à sa charge la différence.
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Tentant de couper court à la polémique, Touizi a expliqué que l’expression « moudre du papier » n’avait rien de littéral, et que cela renvoyait, à la falsification de documents ou de factures pour obtenir des subventions, sans rapport avec un mélange réel de substances non alimentaires à la farine, rapporte Al Akhbar. Des révélations de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), il en ressort qu’il existe bel et bien des irrégularités dans certaines minoteries. L’organisme a procédé au retrait de neuf autorisations sanitaires et à la suspension de quatre autres au cours de l’année, en raison du non-respect des normes d’hygiène et de qualité. L’année dernière, 710 échantillons de farine ont été prélevés dans les minoteries, les marchés et les points de vente, entraînant la saisie et la destruction de 38 tonnes de produits impropres à la consommation, précise la même source.
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Sur la période allant de janvier à septembre 2025, 577 échantillons ont été analysés, 33 tonnes détruites et 60 dossiers transmis aux autorités compétentes. Un laboratoire a analysé 80 sacs scellés dès la production. Les résultats sont sans appel : anomalies, dont des taux de minéralisation excessif, rejet au tamis non conforme et teneur en fer inférieure au seuil légal. Les analyses ont également révélé que la farine dite « nationale de blé tendre renforcée » ne répondait pas aux standards imposés par la réglementation marocaine.