Religion : Serions-nous laïcs de facto... ?

- 22h33 - Maroc - Ecrit par : L.A

Mohamed El Ayadi, Hassan Rachik et Mohamed Tozy, universitaires spécialisés, entre autre, dans la question islamiste, viennent de publier les résultats d’une enquête sur l’Islam au quotidien au Maroc.

Cette étude scientifique financée par Friedrich Ebert Stiftung, association allemande connue pour sa promotion de la laïcité dans les pays en voie de développement, essaye de démontrer la place qu’occupe en général l’Islam dit populaire, celui marqué notamment par la culture orale, le culte des saints, le confrérisme...dans la société marocaine. En un mot, il s’agit d’une radioscopie de la réalité religieuse chez nous et ce, au jour le jour. Les trois chercheurs universitaires ont justement apporté des éléments de réponses pleins d’enseignements et des conclusions frappantes.

C’est dire que le travail dans son ensemble aura certainement l’avantage d’approfondir l’étude d’un champ important, voire délicat et sensible, de la réalité sociale que représentent les valeurs et les pratiques religieuse dans notre quotidien.

Au delà, l’ensemble des analyses de cette étude renvoie à cette donne structurante suivante : Notre pays, à l’instar d’autres pays arabo-musulmans, reste confronté à la réalité d’une époque caractérisée globalement par une remise en question du monopole de l’Etat sur la religion. Au-delà, cette étude a également essayé de se démarquer des thèses du “retour du religieux”, tout en mettant l’accent sur les modalités du renouveau ou du redéploiement de ce religieux dans des contextes variés. Ce qui fait dire aux auteurs de ce livre et avec grande conviction qu’en se basant sur des faits et des données de terrain, la “religiosité” n’occupe plus qu’une place limitée dans le quotidien des Marocains et ne se déploie que dans un espace et un temps bien délimités, même si elle semble gagner en ferveur et en intensité, notamment dans son expression politique.

De la prière

Sur 100 Marocains, environ 15% ne font pas la prière

La place que la prière occupe dans la définition du musulman est une question controversée. Certains docteurs du fiqh estiment que celui qui ne fait pas la prière reste quand même un musulman, mais un musulman désobéissant ou incomplet. Dans cette enquête, 54,8% des répondants trouvent qu’une personne qui ne fait pas la prière peut être considérée comme musulmane et 28% pensent le contraire. Ceux qui appartiennent aux catégories de musulmans “désobéissants” ou “incomplets” sont faiblement représentés avec 1,4%. En tout, 65% de la population font la prière régulièrement. L’influence de l’entourage familial explique cette donne. 65% des enquêtés déclarent que leurs familles ont une influence religieuse sur eux. Ce cercle d’influence s’élargit auprès des amis, conjoints et à l’école. Ce qui explique la dominance des relations personnelles dans la socialisation religieuse.

Confrérie et Ziara, un culte en régression...

Les groupements religieux, comme les confréries, favorisent des pratiques communautaires régulières. Or, la présente enquête révèle le désintérêt de la population vis-à-vis de ces groupements traditionnels. Moins de 2% des répondants déclarent appartenir à une zaouia et à une tariqa. Cela s’explique pratiquement par le fait qu’être affilié à une organisation religieuse ne constitue guère une condition de la pratique religieuse.

Pour ce qui est de la ziara, des études anthropologique affirment l’existence de traits distinctifs de l’Islam marocain qui se manifeste dans le culte des saints, la doctrine soufie diffusée par les confréries et le principe chérifien associé au Makhzen. L’enquête apprend que plus de la moitié, soit 56%, des répondants désapprouvent la ziara contre 32,5 % qui la valorisent. Les critiques s’inspirent du réformisme religieux et d’une pensée rationnelle et moderne. Deux notions résument vaguement ces deux types d’attitudes, celle du “Haram” et de “Chaâwada”. Concernant cette pratique de la ziara, 68% des enquêtés ne l’ont jamais faite.

El Hijab, la grande polémique

Sur les 607 femmes interrogées, 38,9%, soit 237, portent le voile. Concernant l’attitude à l’égard du port du Hijab, la part des répondants qui l’approuvent atteint 83,2, dont 64% pour des raisons religieuses et 17,2% pour des raisons non religieuses (pudeur, respect...). Cependant, porter le voile est une chose, mais à en faire une obligation pour la femme musulmane en est une autre. 75% des répondants trouvent qu’une femme peut être considérée comme musulmane sans porter le Hijab. 9,9% pensent le contraire. La décision de porter le voile intervient pour la majorité (69,6%) avant 25 ans. Celles qui l’ont adopté après 35 ans, représentent 11,2%.

Politique et religion, la nuance : (un Marocain sur 4 pense que la religion et la politique ne doivent pas être séparées)

Selon les auteurs du livre, les réponses obtenues à la suite de questions directes, quant au rapport de la religion et de la politique, invitent à plus de prudence. Les résultats des recherches révèlent que 24,9% des répondants trouvent que la religion devient dangereuse quant elle se mêle de la politique. 26% pensent le contraire. Le taux des répondants sans opinion s’élève à 48,8%. Lorsque cette question concerne directement les acteurs politiques, le taux de ceux voulant la séparation du religieux augmente. 41,5% pensent que les hommes politiques ne doivent pas se mêler de la religion et 18% disent le contraire. 35,4% estiment que les spécialistes du champ religieux (oulémas, prédicateurs, fouqahas…) ne doivent pas traiter du politique et 25,2% pensent le contraire. Pour les chercheurs, ces résultats restent ambigus. Tantôt, les répondants votent pour une séparation de la religion de la politique, tantôt ils font de la foi une condition idéale de l’activité politique.

Cependant, il importe de noter le taux élevé des répondants qui se déclarent sans opinions. Ce qui veut dire que pour une bonne partie de la population, la question du rapport religion/politique, ne se pose pas, et ce en dépit du débat politique qui a suivi les attentats du 16 mai à Casablanca. Conclusion : c’est le rapport rituel et métaphysique à la religion qui l’emporte sur le rapport politique à la religion.

Est-ce à dire après tout que le Royaume, constitutionnellement pays de confession musulmane, serait-il laïc de facto ? El Ayadi, Rachik et Tozy apportent cette conclusion : “ l’une des hypothèses qui a orienté notre démarche dans ce travail empirique est que le Maroc est engagé dans un processus de sécularisation. Il y a plusieurs raisons pour affirmer que la religion est redevenue centrale dans les enjeux de pouvoir et ce, à cause de son instrumentalisation par l’Etat pour taire les oppositions et combattre les idéologies communistes et socialistes des années soixante. Il est aussi difficile de nier que la religiosité a gagné en ferveur parallèlement à l’extension de la scolarisation. On ne peut pas, toutefois, ignorer que si, idéologiquement, la plupart des Marocains se définissent comme musulmans, leurs pratiques quotidiennes ne convoquent l’Islam que marginalement. Leur utilisation de la religion est de plus en plus circonscrite dans un espace et un temps bien délimités.

En l’absence d’études systématiques sur l’aboutissement des arbitrages entre sources religieuses et non religieuses dans la confection des lois qui régissent les activités économiques ainsi que l’organisation des pouvoirs, on ne peut se fier qu’à des présomptions fondées sur une observation de situations extrêmes...”. Et d’expliquer que le fait marquant ces dernières années dans la plupart des pays musulmans est la dissociation du temps social et du temps religieux, de l’espace sacré et de l’espace profane : “la mosquée ne représente plus un lieu de centralité exclusive, aussi bien en milieu urbain que rural. Quand on analyse les courbes de fréquentations des mosquées, l’effet foule qui a tant effrayé certains, n’est observable que les vendredis et les jours de fêtes...La dualité du vécu conforte un cheminement aussi implacable que discret de la sécularisation... La vie quotidienne n’est plus rythmée par le Muezzin sauf pendant le mois de Ramadan. Le sacré a désormais ses boutiques, ses marchés et ses objets. Il est interdit le plus souvent de séjour ailleurs. L’initiative de l’organisation du temps et de l’espace n’appartenant plus aux croyants, ils s’invitent à des compromis”.

Messieurs El Ayadi, Rachik et Tozy, ce n’est pas sympa !

Vendredi 7 décembre, la presse nationale était invitée à une conférence au siège des Editions Prologues à Casablanca, pour la présentation des résultats de l’étude réalisée par trois universitaires marocains, en l’occurence Mohamed El Ayadi, Hassan Rachik et Mohamed Tozy.

L’organisation de cette conférence de presse s’est bien déroulée. La présentation du livre et le débat étaient intéressants. La partie questions/réponses aussi. Par la même occasion, des dossiers de presse comprenant le livre sur l’Islam au quotidien ont été distribués aux journalistes. Rien à dire. Jusque là, tout paraît correct et juste.

Néanmoins là où le bât blesse, c’est lorsqu’on a appris que les dossiers de presse ont été bel et bien distribués bien avant l’organisation de cette conférence de presse à certains organes de la place. Ce qui n’est pas du tout professionnellement éthique. Ce qui n’est pas non plus profitable à des universitaires censés donner l’exemple en matière de civisme et de déontologie en traitant la presse nationale sur le même pied d’égalité. Autrement à quoi bon sert de faire appel aux journalistes si les organisateurs se contentent ou préfèrent opter pour tel ou tel organe de presse ? Et si messieurs les universitaires ne le savent pas, beaucoup de journalistes invités à cette conférence ont été déçus par ce comportement discriminatoire, voire humiliant à l’égard de plus de 90% de la presse nationale... « C’est pas sympa » !

La Nouvelle Tribune - Hassan Zaatit

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