Panique dans les lycées marocains

- 00h05 - Maroc - Ecrit par : L.A

Les lycéennes marocaines sont dans le collimateur. De plus en plus de blogs pornographiques leur sont consacrés. Le dernier en date est celui d’un lycée de Tétouan. Un jeu d’ados non sans conséquences. Un autre scandale pornographique secoue Tétouan. Ce n’est pas le premier pour la “Colombe blanche”. C’est la deuxième fois que le Lycée Hassan II, l’un des plus célèbres établissements scolaires mixtes de la ville, est visé, particulièrement ses élèves de sexe féminin. Un blog obscène leur est entièrement dédié.

Sur ce blog, on peut voir, en effet, des jeunes filles dans des positions très suggestives, avec comme titre Les prostituées du lycée Hassan II. Sur la trentaine de photos mises en ligne, il y a du plus soft au plus hot. Les premiers clichés montrent des filles en tenue légère. Et plus on clique, plus elles se dénudent et se livrent à des attouchements sexuels. On peut voir même deux d’entre elles en train de s’embrasser. La plus choquante des photos est probablement celle de la fille voilée, prénommée Hajar, dans une situation compromettante. C’est, en effet, celle-ci qui a récolté le plus de commentaires virulents. Sinon les autres ont vraisemblablement suscité envie et admiration. Il y en a même parmi les internautes qui ont laissé leurs coordonnées au cas où l’une d’elles serait intéressée par un rendez-vous « galant ». Sait-on jamais ?

Ni les parents d’élèves, ni le corps professoral, ni les lycéens de Hassan II ne partagent cet enthousiasme. Ils ont exprimé leur mécontentement, condamnant ces actes vils et malsains visant à traîner la réputation de cet établissement dans la boue. La plupart d’entre eux doutent de l’authenticité de ce blog. Surtout que son auteur n’est pas identifié.

L’affaire de Taounate est toujours dans les esprits. Un scandale du même genre avait, en effet, éclaboussé quatre jeunes filles de son lycée Al Wahda en décembre 2006. Il s’est avéré par la suite que les photos diffusées ont été trafiquées par trois jeunes étudiants, âgés entre 16 et 24 ans, deux du lycée Al Wahda et un de l’université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès. Ils sont actuellement déférés devant la justice suite à une plainte déposée par l’une des quatre lycéennes. Les jeunes filles de Meknès ont subi le même traitement en octobre 2006. Dire que ces pratiques immorales sont monnaie courante dans les établissements scolaires.

Les temps ont bien changé. Hier, les garçons, pour se venger d’une fille arrogante , se contentaient de faire circuler des rumeurs sur elle ou de taguer sur les murs des toilettes du lycée des insultes à son encontre. Aujourd’hui, ils préfèrent publier ses photos dans des positions compromettantes sur Internet. Ainsi, leur vengeance a plus d’impact. La technologie aidant, il est devenu plus facile de piéger ses victimes.

Actuellement, la majorité des adolescents possèdent des téléphones portables avec des appareils photos intégrés. Même si le téléphone mobile est interdit dans les salles de cours, rare sont ceux qui respectent cette règle. Ils le programment juste en mode silencieux. Ainsi, ils peuvent recevoir et émettre des SMS à leur guise ou s’amuser à prendre des clichés de leurs camarades de classe ou encore de leur enseignant en train d’écrire sur le tableau. Grâce au logiciel Photoshop, acheté 10 dirhams la copie piratée dans les marchés informels, on peut manipuler l’image comme on veut. Le célèbre Ronaldinho en sait quelque chose. Les internautes marocains ont réduit ce richissime footballeur au statut de simple mendiant. Cela est à mettre sur le compte de l’humour. Surtout que la version de Ronaldinho pauvre n’est pas très plausible.

Pour avoir son propre blog, il n’y a rien de plus facile. N’importe qui, sans connaissances techniques préalables, peut en créer gratuitement grâce à un logiciel spécialisé intégré. D’où le succès phénoménal de ce concept dans le monde. Au Maroc, 20.000 blogs sont dénombrés dans les seules plateformes marocaines, blogjahiz et blog.ma sans compter ceux qui sont hébergés dans les sociétés étrangères, Blogger, Msnspace, Canalblog et Skyblog. Ces espaces d’expression, sorte de « journaux de bord intimes » virtuels, sont destinés à faire réagir sur un événement particulier ou à partager une expérience vécue avec un plus grand nombre de personnes. Jouissant d’une liberté éditoriale et échappant à tout contrôle, les blogs servent parfois à des fins abjectes et nuisibles.

Comme c’est le cas pour les blogs visant à diffamer les lycéennes marocaines. Ce genre de comportement n’est pas sans conséquences. À Tatounate, cela avait soulevé de vives protestations. Les élèves du lycée Al Wahda ont boycotté les cours pendant quelques jours, en signe de solidarité avec les victimes du blog. À Tétouan, un vent de panique souffle sur les collèges et les lycées. Chacun attend son tour. Des adolescents en mal de sensations les tiennent en otage. Car, ces blogs sont souvent le fruit de fantasmes d’adolescents en manque d’aventures sexuelles ou d’un cancre à la scolarité ratée ou encore d’un dérangé mental. En tous les cas, on a du mal à croire que cela puisse être l’oeuvre d’une personne sensée.

Une chose est sûre, les auteurs de ces blogs diffamatoires ne sont pas conscients de la gravité de leurs actes. Dans une société où tout ce qui a trait au sexe est entouré de tabous et de non-dits, l’étalage des prétendus ébats secrets de jeunes filles, censées rester chastes jusqu’à leur mariage, ne peut que porter gravement préjudice aux victimes comme à leurs familles. Dans une ville aussi conservatrice que Tétouan, une jeune fille à la réputation entachée subira des humiliations toute sa vie. À Taounate où tout le monde connaît tout le monde, ce n’est pas mieux. On risque même de voir des parents retirer leurs filles des lycées pour sauvegarder leur honneur.

Peut-on désigner un seul et unique coupable ? Certainement pas. Dans une affaire de moeurs de ce genre, les responsabilités sont partagées entre les ministères de l’Education nationale, de la Justice, les parents, le corps enseignant et les élèves. Quand cessera-t-on de prendre ces pratiques à la légère ? Les parents sont censés veiller à la bonne utilisation de l’Internet par leurs enfants. Le corps enseignant a aussi un rôle de sensibilisation à jouer auprès des élèves.

Il faut que ça cesse. Les écoles marocaines n’ont pas besoin de ces scandales pornographiques pour toucher davantage le fond.

Maroc Hebdo - Loubna Bernichi

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