Ali Aarrass parle de sa vie carcérale faite de « torture » au Maroc

25 mars 2021 - 15h20 - Belgique - Ecrit par : A.P

Après douze ans passés en prison au Maroc, Ali Aarrass, Belgo-marocain de 59 ans, désormais libre de ses mouvements, parle de cette période difficile de sa vie. Il évoque des épisodes de torture dans les prisons marocaines.

« Les conditions de détention en isolement sont très dures à accepter, surtout pour un innocent. Le plus dur, c’est d’être entre ces quatre murs, et toutes vos doléances, toutes vos demandes, sont bafouées ; là vous vous sentez abandonné. », raconte à RTBF Ali Aarrass dont l’histoire judiciaire a débuté 1ᵉʳ avril 2008, date de son arrestation à Ceuta, à la demande des autorités marocaines. Accusé de trafic d’armes pour le compte d’une organisation terroriste djihadiste, il a été extradé au Maroc et condamné à 15 ans de prison, après avoir passé plus d’un an et demi en prison à Madrid et obtenu un non-lieu de la justice espagnole.

« S’il y a quelqu’un à qui je devrais en vouloir, c’est le gouvernement espagnol qui a été complice avec le Maroc. Et quand je parle du Maroc, je parle du Roi Mohammed VI et du directeur général de la Sûreté nationale, Abdellatif Hammouchi. Ils sont les responsables des tortures abjectes qui m’ont été faites. », a déclaré le Belgo-marocain qui rappelle que ses aveux ont été obtenus sous les actes de torture subis lors de son séjour au centre de détention de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) à Témara. « Après quatre jours de torture où je n’ai cessé de leur clamer mon innocence, je me suis dit qu’il faut que j’invente quelque chose. On ne peut pas dire que ce sont des aveux. C’est impossible de résister à ces actes de torture horribles, abominables, inhumains. Avec ces techniques, ils finiront toujours pour avoir gain de cause. », dénonce-t-il.

Une vidéo tournée par un gardien de la prison marocaine de Salé 2 en 2012 et publiée par la famille et les avocats d’Ali Aarras en 2015, porte à croire qu’Ali Aarras a été victime de mauvais traitements. Ce que confirme le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Juan Mendez, après une expertise médicale sur les marques de coups sur le corps d’Ali. Le procès d’Ali n’était pas équitable et ses aveux ont été obtenus sous la torture, a dénoncé par ailleurs le groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire, invitant les autorités marocaines à ouvrir une enquête. Selon l’ambassadeur du Maroc en Belgique, Mohamed Ameur, « le parquet a ordonné une expertise médicale, sur Ali Aarass, qui a conclu qu’il n’y avait aucune trace ou lésion par rapport à des accusations de torture. ». Pour l’avocat d’Ali Aarrass, Christophe Marchand, l’enquête menée par les autorités marocaines a été « bâclée » et n’a donné lieu à aucune poursuite « parce que l’État marocain refuse obstinément de voir la réalité en face ».

« Ali Aarrass est un djihadiste qui fait diversion. Il était l’artificier du groupe des Moujahidine, qui a mis son expertise en matière d’armes au service du groupe parce qu’il était un ancien de l’armée belge. C’est lui qui assurait le financement du groupe […] et a introduit des dizaines d’armes au Maroc avec l’intention de commettre des attentats », fait savoir Mohamed Ameur qui assure que la culpabilité d’Aarrass est établie.

Libéré le 2 avril 2020, en pleine crise sanitaire, Ali Aarrass a attendu plusieurs semaines au Maroc avant d’obtenir une autorisation pour son retour en Belgique où il vit actuellement, entouré de sa famille et de ses proches.

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