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Bab Darna, le scandale immobilier qui a fait 1 000 victimes

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3 avril 2020 - 09h00 - Société

Jamais un scandale immobilier n’a secoué le Maroc comme celui du groupe Bab Darna dont le montant de l’arnaque est évalué à 57 millions d’euros. Dix années d’escroquerie immobilière avec au moins 1 000 victimes pour une quinzaine de projets fictifs dans le Grand Casablanca.

L’affaire continue de faire grand bruit au Maroc et au-delà, même si la crise sanitaire actuelle semble l’avoir quelque peu étouffée. Les victimes se comptent autant parmi les Marocains résidant sur place que ceux de l’étranger. De minutieuses investigations ont permis de mettre la main sur le patron du groupe, Mohamed El Ouardi, "accusé d’avoir encaissé des chèques de projets vendus sur plan, sans posséder les terrains ni les autorisations, au vu et au su de tous".

Interpellé au parlement pour expliquer comment une telle chose a pu se produire dans un pays de droit, le chef du gouvernement, Saad-Eddine El Othmani, a dédouané l’Exécutif, au grand mécontentement des victimes qui s’en sont remis au roi Mohammed VI, "seul capable de les secourir". Selon l’avocat des victimes, plus de 600 millions de dirhams (soit 57 millions d’euros) auraient été détournés par le promoteur qui "encaissait des avances de 20 à 100 %". Mais on ne sait par quelle magie, cet "argent a disparu", précise le journal.

Les témoignages des victimes sont légion. Houria, 49 ans, évoque des "commerciaux très persuasifs" qui l’ont convaincue de ne pas laisser passer "une occasion en or". Elle y laissera 400 000 dirhams, l’équivalent de plus de 35 000 euros, représentant 20 % du prix final de sa villa que malheureusement, elle ne verra jamais. Quant à Sifeddine, il est entrepreneur d’une trentenaire d’années, installé en Argentine. Sur la foi d’un dépliant qui le laissait entrevoir la maison de ses rêves pour ses vieux jours, il a réservé un appartement. "La publicité, diffusée en prime time sur les télévisions publiques avec des acteurs marocains célèbres, l’avait rassuré".

Les victimes dénoncent aussi la corruption qui règne dans le pays. "Les promoteurs travaillent main dans la main avec les élus et, souvent, les élus eux-mêmes s’érigent en promoteurs immobiliers", affirme un architecte marocain ayant requis l’anonymat. La ministre de l’Urbanisme et de l’habitat, Nezha Bouchareb consciente de la gravité de la situation, a déclaré qu’il y a "un certain nombre de dysfonctionnements et pratiques illégales qu’il faudra corriger" .

Mais en attendant, El Ouardi a été placé en détention, avec six complices présumés : le notaire, son directeur financier et des commerciaux. Les faits ont été requalifiés, passant de délits à crimes. Ils risquent jusqu’à 20 ans de prison.

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