« Au Maroc, tout opposant ou considéré comme tel est étouffé »

- 22h50 - Maroc - Ecrit par : P. A

Kholoud Mokhtari, la femme de Souleimane Raissouini, le journaliste marocain condamné par la justice marocaine à cinq ans de prison pour « viol », raconte le triste sort de son mari et dénonce le non-respect de la liberté d’expression dans le royaume.

Trois journalistes les plus virulents contre le régime marocain ont été condamnés dans des affaires de mœurs. Les concernés, Taoufik Bouachrine (condamné à 12 ans de prison), Omar Radi (6 ans) et Souleimane Raissouni (cinq ans) ont toujours nié les faits et dénoncé un procès politique. Kholoud Mokhtari, la femme de Raissouni, raconte le parcours de son mari qui a fêté ses 50 bougies l’année dernière. « Cadre fonctionnaire d’arrondissement dans le Rif, sa région natale », Raissouni est devenu en 2008 « critique d’art puis journaliste », avant de faire ses preuves à « Nichane » et « Al-Massae », où il a excellé dans le journalisme d’investigation, déclare-t-elle dans un entretien à Le Soir.

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Raissouni a été ensuite rédacteur en chef du journal électronique Awal, avant de succéder en 2018 à Taoufik Bouachrine dans le journal « Akhbar al-Yaoum ». Cette année-là, Adel Ait Chraa a annoncé sur Facebook avoir été victime d’agression sexuelle par une personne dont il n’a pas révélé l’identité. Deux ans plus tard, le 20 mai 2020, Raissouni a été arrêté à son domicile, dans un quartier situé en face de la Garde royale, sans qu’une plainte n’ait été déposée. « Nous connaissions en effet cet Adel. Je l’avais aidé à trouver du travail, ce qui était difficile pour lui (Adel Aït Chraa est homosexuel, NDLR). Il était venu pour que je l’aide à fuir sa famille ! », explique Kholoud Mokhtari.

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« Adel dit que lors de cette visite chez nous en 2018, mon mari l’aurait agressé sexuellement. Rien ne tient dans ce scénario. Notamment, il y a un témoin clé, la femme de ménage qui se trouvait chez nous ce jour-là. Le tribunal a refusé d’entendre son témoignage. Selon l’accusation, et Adel qui s’est finalement constitué partie civile après l’arrestation de Souleimane, mon mari aurait enfermé la femme de ménage à clé dans la cuisine. Pas de chance pour eux : c’est une cuisine américaine que rien ne sépare des autres pièces. De toute façon, tout élément à décharge a été refusé à la défense. Souleimane a été condamné à cinq ans lors d’une séance du tribunal où lui et ses avocats étaient absents. La salle était vide. J’y étais, toute seule », détaille-t-elle.

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Raissouni a fait appel de sa condamnation. Mais le 24 février 2022, la cour a confirmé la décision du tribunal, malgré les plaidoiries de ses avocats pour faire ressortir les nombreuses anomalies du dossier. Le 21 juillet 2022, le Groupe de travail de l’ONU a conclu que la détention de Raissouni est « arbitraire », au regard de la gravité « des violations du droit à un procès équitable ». La femme du journaliste confie qu’elle survit difficilement. « Je suis scénariste. Sans travail. Même mes amis n’osent pas m’embaucher, je peux les comprendre. Je suis diffamée sur certains sites, traitée de prostituée juste parce que des personnes publiques se rendent chez nous pour témoigner de leur solidarité », se désole Mokhtari. « Au Maroc, tout opposant ou considéré comme tel est étouffé », conclut-elle.

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