Une Marocaine victime d’esclavage moderne en France

25 octobre 2023 - 21h00 - France - Ecrit par : S.A

Alors qu’elle espérait une vie meilleure en quittant le Maroc pour la France, une Marocaine travaillant dans les vignes a été réduite à l’esclavage. Aidée par une association, huit autres victimes et elle ont porté plainte contre le patron d’une entreprise viticole.

La mésaventure d’une saisonnière marocaine. Suivant les conseils de son cousin qui lui a présenté un recruteur, elle arrive en France septembre 2022 pour travailler dans les vignes avec la promesse de toucher un salaire mensuel de 1 650 euros. Très vite, sa quête d’une vie meilleure se transforme en cauchemar. Elle vivait dans un baraquement de fortune, sur le site de la cave coopérative à Lamothe-Montravel, une commune de Dordogne limitrophe de la Gironde, contre un loyer de 150 euros par mois. Huit autres hommes, recrutés également comme travailleurs saisonniers, se retrouvent dans la même situation. Ils vivent dans un autre baraquement. Tous ces saisonniers partagent des douches et sanitaires en piteux état.

À lire : Tragédie à Almeria : la vie brève de Mohamed, saisonnier marocain

Le travail de la Marocaine de 33 ans ne limite pas qu’aux vignes. « En plus du travail dans les vignes toute la journée dans le Libournais, le Saint-Emilionnais et à Monbazillac, je faisais le ménage dans la maison », raconte-t-elle à 20minutes. Après six mois de travail, elle ne reçoit qu’un seul salaire de 1 500 euros. Soutenue par un collectif de particuliers informé des faits, elle abandonne le travail en février. L’association de lutte contre les formes graves d’exploitation « Ruelle » lui apporte son soutien. La trentenaire porte alors plainte avec huit autres victimes. La suite ? Une procédure pour les neuf victimes de cette affaire a été ouverte pour traite d’êtres humains, auprès du parquet de Bergerac.

À lire :Le saisonniers marocains de retour en Corse

L’employeur poursuivi pour traite n’est certainement pas pris de remords. Il a « expliqué à la trentenaire qu’elle devait s’estimer ‘chanceuse’ parce qu’elle n’avait pas versé de droit de passage pour venir travailler en France ». Une pratique assez courante. Des « prestataires agricoles véreux vendent des contrats agricoles à des travailleurs migrants d’origine marocaine, pour 12 000 à 15 000 euros, et les remercient rapidement après », explique Bénédicte Lavaud-Legendre, juriste, chercheure au CNRS et présidente de Ruelle.

À lire :La France facilite le recrutement des saisonniers marocains

Il ressort par ailleurs des procédures judiciaires récentes que les personnes qui travaillent dans les vignes et ne sont pas rémunérées sont pour la plupart des Marocains et des Roumains. « Les Marocains ont un désir migratoire très fort, ils vendent souvent des terres pour partir et leur famille fait des sacrifices, détaille Bénédicte Lavaud-Legendre. Ce sont de jeunes hommes qui partent sans attaches familiales, sans enfant et qui peuvent avoir un métier dans leur pays d’origine, mais ils préfèrent le quitter pour aspirer à une vie meilleure en Europe. Les Roumains sont eux bien souvent des personnes en errance qui n’ont pas de domicile en Roumanie. »

Bladi.net Google News Suivez bladi.net sur Google News

Bladi.net sur WhatsApp Suivez bladi.net sur WhatsApp

Sujets associés : France - Agriculture - Esclavage moderne - Plainte

Aller plus loin

Vaucluse : des travailleurs marocains arnaqués par leur employeur

Après plusieurs mois, des travailleurs marocains se retrouvent sans salaires, et vivent dans des conditions inhumaines. La procureure de la République de Carpentras et le...

Le saisonniers marocains de retour en Corse

En pénurie de main-d’œuvre pour la récolte des clémentines, la France veut recruter quelque 1 200 saisonniers marocains. Ces derniers sont attendus au mois d’octobre en Corse.

Accident à Huelva : la précarité des saisonnières marocaines dénoncée

Une Marocaine est décédée lundi dans l’accident du bus qui transportait des saisonnières de Huelva vers la ferme où elles travaillaient. 39 autres ont été blessées, dont deux...

Maroc : le mariage fastueux de la fille d’un haut dirigeant soulève des polémiques

Le mariage somptueux organisé par le président de la Chambre des conseillers, Naam Miyara, pour sa fille, soulève de vives polémiques. La quatrième personnalité politique du...

Ces articles devraient vous intéresser :

Maroc : l’hydrogène vert pour atteindre l’autosuffisance alimentaire

La production de l’hydrogène vert dans la région de Dakhla et son utilisation pour le dessalement de l’eau de mer, permettront au Maroc d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. C’est ce que révèle une étude menée par des chercheurs marocains.

L’avocat : l’or vert qui assoiffe le Maroc

La culture de l’avocat nécessite une importante quantité d’eau. Au Maroc, des voix s’élèvent pour appeler à l’interdiction de cette culture, en cette période de sécheresse sévère et de stress hydrique.

Maroc : les prix des fruits et légumes atteignent des sommets

Au Maroc, les prix des fruits et légumes continuent d’augmenter et de peser sur le budget mensuel des Marocains en raison notamment des exportations.

Maroc : explosion des exportations de produits alimentaires et maritimes

Les exportations des produits alimentaires agricoles et maritimes ont connu un boom en 2022 pour dépasser les 80 milliards de dirhams (MMDH). Un record.

Pénurie de lait : les éleveurs marocains lancent un cri de détresse

Touchés de plein fouet par la sécheresse->95421 et surtout l’augmentation du coût de l’élevage, les éleveurs réclament une aide urgente à l’État, en vue de faire face à la pénurie de lait que connait le royaume.

Maroc : une croissance paradoxale entre exportations et importations d’avocats

Alors que le Maroc produit de plus en plus d’avocat, devenant l’un des principaux fournisseurs en Europe, la part des importations continuent de croître.

Maroc : appel pressant des exportateurs de légumes

Les associations de producteurs et exportateurs de fruits et légumes appellent le gouvernement d’Aziz Akhannounch à autoriser la reprise des exportations.

Maroc : des stations de dessalement pour sauver l’agriculture

Le ministère marocain de l’Agriculture a adopté le dessalement de l’eau de mer à des fins d’irrigation. Dans cette dynamique, le département de Mohamed Saddiki a prévu la construction de nouvelles stations de dessalement dans certaines zones agricoles.

Maroc : les exportations d’huile d’olive ont augmenté de 47 % à fin août

Le volume des exportations marocaines d’huile d’olive a doublé par rapport à 2021, atteignant 13 200 tonnes en volume à fin août et 456 millions de dirhams en valeur, soit une hausse de 47 %.

Le Maroc dans le Top 10 mondial des fournisseurs de fruits surgelés

Le Maroc a quadruplé ses exportations de framboise surgelée vers l’Union européenne (UE) en deux ans, passant de 3 600 tonnes en 2020 à 16 700 tonnes en 2022.