En Ontario, un médecin marocain face à l’exigence de l’anglais

- 23h00 - Monde - Ecrit par : P. A

Un médecin marocain figure parmi les 28 formés à l’étranger et recrutés en Ontario dans le cadre d’un programme accéléré de permis d’exercice, qui s’est déroulé uniquement en anglais.

Selon un recensement réalisé en 2023 par l’Institut canadien d’information sur la santé, plus du quart (27 %) des médecins ontariens viennent de l’étranger. Salim Benguedda, d’origine marocaine, a immigré en Ontario en décembre 2023. Son diplôme de médecine obtenu au Maroc est reconnu par la province, mais il doit encore passer deux examens et faire son jumelage en résidence. Salim est bilingue. Il parle français et anglais. Un atout précieux qui lui a permis d’être retenu par le programme Préparation à la pratique médicale en Ontario (PRO) lancé depuis 2023. « Je me suis mis en tête que je devais être anglophone. Je ne traduis même plus les textes pour réviser pour les examens, c’est trop long », affirme-t-il auprès du Devoir.

Sur les plus de 500 candidatures soumises au programme depuis 2023, seules 12 émanent de médecins francophones. Pourtant, le besoin de médecins offrant des services en français est criant dans la province, fait observer Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. « Ça aurait été bien que le recrutement représente la [démographie de la province]. Dans le Nord [ontarien], 21 % des citoyens sont francophones », indique-t-il.

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Financé par le ministère de la Santé, le programme est délivré uniquement en anglais par le Touchstone Institute. Le centre affirme ne pas avoir les moyens pour dérouler ce programme simultanément en français. Tous les cours en ligne, examens et jumelages en résidence dans les hôpitaux doivent être adaptés, explique, Alexandre Lalonde, chargé des communications au Touchstone Institute. Face à cette « inégalité », Carole Lafrenière, membre du conseil d’administration de la Société pour les Canadiens qui étudient la médecine à l’étranger (SOCASMA) a déposé une plainte auprès de l’ombudsman de la province, après avoir adressé une lettre aux ministres ontariens de la Santé et des Affaires francophones, restée sans réponse.

Les négociations sont en cours avec le gouvernement pour dérouler le programme en français d’ici fin 2026. « On va bientôt recruter un coordinateur francophone pour nous aider à franciser le programme, et nous évaluons nos besoins de main-d’œuvre », renseigne Wendy Yen, directrice principale des programmes au Touchstone Institute. L’objectif du programme PRO est de recruter d’ici fin 2025, 100 médecins formés à l’étranger au profit des communautés rurales et du nord de l’Ontario.

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