La parole raciste se libère à l’école en France

- 13h30 - France - Ecrit par : P. A

En France, la parole raciste s’est libérée avant le premier tour des élections législatives prévu ce dimanche. Des enseignants expriment des inquiétudes face à cette montée du racisme à l’école.

Amina, professeure d’éco-gestion dans un lycée professionnel de Seine-et-Marne depuis vingt-quatre ans confirme cette réalité. La Franco-Marocaine se désole de voir ses élèves tenir des propos racistes depuis quelques années. « Cette année, un de mes élèves m’a dit : ‘T’es pas française, rentre chez toi !’ C’est un discours qui se banalise », confie-t-elle auprès de France Info. L’enseignante dit avoir fait le même constat parmi les professeurs. « Il y a de plus en plus de collègues qui épousent les idées du Front national, comme la préférence nationale », assure-t-elle.

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La Franco-marocaine a exprimé ses craintes face à la montée de l’extrême droite : « Le discours de la haine, je l’ai vu exploser depuis les attentats de 2015. L’amalgame s’est instauré et j’ai eu l’impression qu’on n’avait plus les mêmes valeurs, ni les mêmes combats ». Comme elle, Virginie, enseignante dans un collège rural de Corrèze, s’inquiète aussi de la banalisation de la haine et de l’avenir de l’école en cas de victoire du Rassemblement national (RN) aux législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet. « Avoir le RN au gouvernement, ça me pose question. Et ça me pose question que des enseignants puissent accepter ça ! », affirme-t-elle.

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« C’est un peu incompatible d’être enseignant et de voter pour le RN, car si on réfléchit bien, c’est se tirer une balle dans le pied, parce qu’on perdrait une mixité des élèves », commente Alexis, professeur depuis deux ans en Seine-Saint-Denis. Il ajoutera : « T’es un élève à problèmes ou en difficulté, va voir ailleurs, on ne veut plus de toi’, ça va être résolu comme ça, il n’y aura pas d’autre solution… ». « Je pense que d’être dans un métier, où on est tout le temps au contact des enfants, devant la diversité, c’est compliqué de voter pour des idées si discriminantes et si violentes ! », développe pour sa part Anna, enseignante en CE2 à Paris.

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La jeune femme ne se voit pas continuer à exercer ce métier sous un gouvernement d’extrême droite. « Je n’appliquerai jamais des lois qui contreviennent à des valeurs fondamentales pour moi, comme le respect d’autrui, la non-discrimination des individus, l’acceptation de tous les élèves tels qu’ils sont », explique-t-elle, précisant qu’en tant qu’enseignante, elle « ne regarde pas les nationalités différentes des élèves, ce qui compte pour moi, c’est d’enseigner ! ». Comme elle, plusieurs enseignants prévoient de quitter leur emploi et même la France si le RN arrive au gouvernement.

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