Un groupe mondial délaisse Algésiras pour Tanger Med

- 14h00 - Maroc - Ecrit par : P. A

La décision du gouvernement espagnol d’interdire l’accès à deux navires de la compagnie américaine Maersk soupçonnés de transporter des armes vers Israël, n’est pas sans conséquence pour le port d’Algésiras qui perd en compétitivité au profit de son concurrent marocain, Tanger Med.

« Aucune preuve n’a été fournie pour étayer ces accusations, mais la mesure a déclenché immédiatement une riposte internationale », indiquent des observateurs. De son côté, la Commission maritime fédérale des États-Unis (CMF), organisme indépendant chargé de veiller au respect des normes de navigation et du commerce extérieur, a ouvert une enquête dont les conclusions sont sans équivoque : « les navires battant pavillon américain ou transportant des marchandises à destination des États-Unis ne peuvent plus opérer à Algésiras ».

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Conséquence, Maersk a décidé de supprimer son escale à Algésiras sur sa ligne reliant l’Inde et le Moyen-Orient à la côte Est américaine, au profit de Tanger Med qui d’après les experts, « dispose d’atouts compétitifs face à ses homologues européens, notamment des coûts réglementaires et salariaux plus faibles et une souplesse normative accrue ». Si d’autres compagnies emboitent le pas à Maersk, le port d’Algésiras « se verra réduit à un rôle marginal, avec de lourdes répercussions économiques et sociales, qu’il s’agisse de pertes d’emplois, de désaffection des investisseurs ou d’affaiblissement de la compétitivité », soulignent des experts.

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La CME a indiqué dans un avis publié au Registre fédéral avoir été informée depuis le 19 novembre 2024 que l’Espagne refusait l’accès à des navires, notant que « cette pratique est jugée de nature à créer des conditions défavorables à la navigation dans le commerce extérieur » et que des amendes allant jusqu’à 2,3 millions de dollars par voyage pourraient être infligées si l’ingérence espagnole était confirmée.

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En mai, le ministère espagnol des Affaires étrangères avait refusé l’accostage au navire Marianne Danica, battant pavillon danois, au motif qu’il transportait des armes à destination d’Israël. Le ministre José Manuel Albares affirmait à la télévision nationale que « c’était la première fois qu’un navire transportant des armes vers Israël se voyait refuser l’accès à un port espagnol », ajoutant que l’Espagne ne « contribuera pas à l’arrivée de nouvelles armes au Proche-Orient, une région qui a besoin de paix. C’est pourquoi ce premier refus d’autorisation ouvrira la voie à une politique systématique concernant tout navire transportant des armes vers Israël ».

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Pendant que le port d’Algésiras perd en compétitivité, Tanger Med renforce sa position dans le détroit de Gibraltar et en Méditerranée. « Si la décision politique n’est pas révisée, la dégradation des services sera inévitable, avec moins d’escales, une réduction des investissements et, à terme, une perte massive d’emplois », préviennent les professionnels du secteur qui dénoncent ces choix « improvisés et idéologiques ».