Maroc : la tranquillité de l’oasis de Figuig menacée

- 23h20 - Maroc - Ecrit par : G.A

Les habitants de Figuig, une oasis historique enclavée aux confins du Maroc et de l’Algérie, font les frais des tensions entre les deux pays. Depuis le mercredi 17 mars, des militaires algériens ont été déployés pour bloquer les passages quotidiens des cultivateurs marocains, qu se disent dégâts collatéraux d’une guerre qui ne les concerne en rien.

« Cette terre, on la cultive de père en fils, depuis des générations », dit fièrement Abdelmajid Boudi, en montrant les jardins verdoyants de l’oasis de Figuig, vestiges de la grandeur passée de cet ancien carrefour caravanier en plein déclin, à la frontière du Maroc et de l’Algérie. A 62 ans, il vit depuis des années de la culture de ses dattes sur deux parcelles situées au cœur du « ksar » de Zenaga, un des quartiers de l’oasis, aux confins des montagnes de l’Atlas et du désert saharien. Dans les champs, la récolte des fruits se fait à la main. Les cultivateurs grimpent en haut des arbres pour travailler debout, en équilibre sur les palmes des dattiers, rapporte Challenges

En plus de la culture des dattes, Abdelmajib Boudi exerce aussi la fonction cruciale d’aiguadier. Il est chargé de la répartition de l’eau entre les abonnés, via un réseau complexe d’irrigation hérité du passé. Il ne se voit plus travailler ailleurs que sur ses terres, héritage ancestral. C’est le même refrain chez Rajae Boudi, qui est enseignante ailleurs mais revient toujours se ressourcer. « Les gens d’ici sont liés à leur terre, nos veines sont irriguées par nos racines », assure-t-elle.

Depuis quelques années, de nombreux habitants ont déserté l’oasis. Selon des études, « près du tiers des jardins sont en friche, près de la moitié de ses 2000 maisons anciennes sont dégradées ou en ruines ». Mais ce n’est pas pour autant qu’ils oublient de contribuer au développement de l’oasis. Selon Mustapha Lali, un historien élu à la municipalité de Figuig de 1992 à 2016, ils investissent fréquemment dans de nouvelles plantations de palmiers-dattiers autour du périmètre historique.

A Zenaga, la communauté est très soudée et vit à l’état naturel. Pour sortir, les femmes se drapent dans des haïks de coton blanc. À la saison des grands froids, les hommes portent des burnous de laine tissée à la main. La langue parlée est l’amazigh. « On a gardé notre langue, on a résisté à tout », souligne Mohamed Djilali, le président d’une association locale. Malheureusement, les différends diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie entraînent des expulsions de cultivateurs marocains de leurs « terres ancestrales » situées côté algérien, explique Challenges.

Il s’agit de 1 500 hectares de cultures desservies par le réseau électrique marocain et irriguées par pompage de la nappe phréatique qui viennent s’ajouter aux spoliations précédentes recensées par le Maroc depuis 1955 touchant 130 000 palmiers sur 2 000 hectares de terre répartis dans 23 secteurs frontaliers proches. « Les palmiers seuls font vivre les familles, cette nouvelle perte va aggraver la situation économique », s’inquiète, pour sa part, Mustapha Lali.

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