Les Marocains consomment-ils des fruits et légumes cancérigènes ?

5 mai 2021 - 21h20 - Maroc - Ecrit par : J.D

Ces derniers mois, des cargaisons de fruits et légumes d’origine marocaine sont refoulées sur une large partie du marché européen à cause de leur teneur en pesticide prohibé. Le tableau actuel inquiète les associations de défense des consommateurs au Maroc qui s’interrogent sur le point de chute de ces lots de poivrons, de haricots verts, de melons biologiques impropres à la consommation et rejetés par la république Tchèque, l’Allemagne et la France.

La situation a suscité un levé de bouclier dans le rang des défenseurs des droits de consommateurs qui alertent sur l’usage et la vente non contrôlés des produits phytosanitaires dans le royaume. « Le consommateur marocain est clairement en danger »,alerte sur H24Info, Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine des Droits du Consommateur (FMDC). Pour lui, il y a bel et bien des pesticides prohibés qui circulent au grand dam du consommateur marocain. « Le problème n’est pas l’usage en soi de pesticides, mais l’emploi de pesticides interdits, périmés ou en surdosage, couplé à un non-respect du délai de la récolte », relève l’activiste des droits des consommateurs.

Le président de la FDMC se demande si les fruits et légumes refoulés d’Europe sont détruits ou revendus sur le marché national. « S’ils sont revendus au Maroc, c’est grave, c’est un crime de lèse-majesté, une atteinte au consommateur marocain, d’autant qu’il consomme déjà des produits non contrôlés dans son pays. Si on lui redonne en plus les produits non acceptés par les autres pays, c’est la catastrophe », s’indigne M. Kherrati tout en déduisant que le nombre de cancers déclarés au Maroc est le principal témoin qu’il y a des pesticides interdits qui circulent. Cela démontre qu’au Maroc, les pesticides, on ne les utilise pas, mais on s’y baigne ! », déplore ironiquement Kherrati.

Enfonçant le clou, le président de la Fédération Nationale des Associations du Consommateur (FNAC), Ouadie Madih fait remarquer quant à lui que les pesticides sont en vente libre sans aucun contrôle ni surveillance dans les souks ou magasins agricoles en violation de toute règlementation. Ce qui fait que le consommateur peut les acheter sans savoir leur teneur en pesticides, s’indigne Ouadie Madih disant avoir maintes fois dénoncé le fait.

S’il existe des lois qui règlementent le secteur, les représentants de consommateurs regrettent qu’elles soient «  ambigües  » ou peu appliquées. «  En l’absence d’étiquette prévue par la loi, on peut vendre n’importe quoi sans se soucier des risques générés. Une loi ne sert absolument à rien si elle n’est pas appliquée sur le terrain », s’insurge le président de la FNAC. Face à la vente anarchique des produits phytosanitaires, les représentants appellent à mettre en place une formation encadrée des vendeurs.

Pour rappel, le mois dernier, les autorités tchèques ont retiré de leur marché les poivrons d’origine marocaine importés d’Espagne en raison de la présence excessive de certains pesticides, dépassant de cinq à six fois leur limite maximale de résidus (LMR). Même chose en Allemagne pour des poivrons, mais aussi des haricots verts importés via l’Italie, ou encore en France, pour des melons biologiques qui contenaient un pesticide interdit.

Sujets associés : Droits et Justice - Agriculture - Alimentation - Ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime

Aller plus loin

Maroc : adoption d’une nouvelle loi sur l’usage des pesticides agricoles

Le Maroc entend encadrer l’usage des pesticides agricoles. Dans ce sens, le Conseil du gouvernement a adopté, jeudi 16 janvier, le projet de loi n°34.18 relatif aux produits...

Pays-Bas : découverte de résidus chimiques dans des oranges marocaines

Les douanes néerlandaises ont découvert des résidus chimiques dans des oranges marocaines importées aux Pays-Bas. Il s’agit du chlorpyrifos, un produit chimique, qui agit comme...

Maroc : une nouvelle loi pour réglementer l’utilisation des pesticides

La Cour des comptes a publié un rapport accablant sur les pesticides dangereux, obligeant la Chambre des représentants à prendre ses responsabilités. À cet effet, le parlement...

Présence de pesticides dans des oranges : l’ONSSA réagit

Suite à la découverte le 28 février de résidus de pesticide Chlorpyrifos dans des oranges marocaines importées par les Pays-Bas, l’Office national de sécurité sanitaire des...

Ces articles devraient vous intéresser :

Maroc : l’huile d’olive devient un luxe

Au Maroc, le prix de l’huile d’olive augmente fortement. En cause, la sécheresse et les vagues de grande chaleur qui ont touché la production de ce petit fruit indispensable aux saveurs des mets des Marocains.

La prochaine récolte d’olive au Maroc menacée

La prochaine récolte d’olives au Maroc est très menacée en raison de la grave sécheresse qui frappe le royaume.

Après les tomates, le Maroc « inonde » l’Europe de poivron

Après la tomate, le poivron. Le Maroc confirme de plus en plus sa place d’exportateur de poivron, notamment vers l’Europe, avec une forte augmentation de 45 % des exportations ces dernières années.

Une famille marocaine au tribunal de Beauvais pour un mariage blanc

Une famille marocaine est jugée devant le tribunal de Beauvais pour association de malfaiteurs dans le but d’organiser un mariage blanc. Le verdict est attendu le 12 janvier 2023.

Crise céréalière : les producteurs français pour combler les besoins du Maroc

La production céréalière est en forte baisse en raison de la sécheresse. Une opportunité vite saisie par les producteurs français qui disent être prêts à combler le déficit sur le marché marocain.

Maroc : révocation en vue des députés poursuivis par la justice

Les députés poursuivis par la justice pour détournement ou dilapidation de fonds au Maroc pourraient être déchus de leurs mandats. La Chambre des représentants s’apprête à voter des amendements dans ce sens.

Les Marocains vont-ils manquer de dattes pour le Ramadan ?

À quelques semaines du mois sacré de Ramadan, des doutes subsistent quant à la disponibilité des dattes en quantité suffisante et à des prix abordables.

Maroc : un ancien diplomate accusé de prostitution de mineures risque gros

L’association Matkich Waldi (Touche pas à mon enfant) demande à la justice de condamner à des « peines maximales » un ancien ambassadeur marocain, poursuivi pour prostitution de mineures.

Plaintes de MRE : 96 % de satisfaction selon le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire

En 2022, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) a traité près de 96 % des doléances présentées par les Marocains résidant à l’étranger (MRE), selon un rapport de l’institution. Sur un total de 527 plaintes déposées, 505 ont été traitées par...

Trop chère, les Marocains diminuent leur consommation d’huile d’olive

Le marché de l’huile d’olive subit de plein fouet les conséquences de la sécheresse qui sévit au Maroc et la hausse des prix à l’international. La baisse de la production d’olive liée au faible rendement a entrainé une flambée du prix et, par...