Le débat sur l’avortement relancé au Maroc

26 septembre 2022 - 09h00 - Maroc - Ecrit par : A.P

Partager avec Whasapp Partager avec Telegram

Le décès au Maroc d’une mineure de 14 ans, début septembre, des suites d’un avortement clandestin, a relancé le débat sur la dépénalisation de cette pratique qui prend de l’ampleur dans le royaume.

La mineure, Meriem, est décédée le 7 septembre à Boumia, dans la province de Midelt, des suites d’un avortement clandestin pratiqué par deux agents de santé. Cette énième victime de l’avortement clandestin a relancé le débat sur cette pratique autorisée au Maroc uniquement dans le cas où la vie de la mère est en danger. Sur les réseaux et médias marocains, les citoyens appellent depuis lors à la réforme du Code pénal qui prévoit des exceptions comme le viol, l’inceste ou la maladie mentale de la mère.

« Nous savons que la société marocaine est une société conservatrice, mais nous demandons, pour des raisons exclusivement de santé, que l’interruption volontaire de grossesse soit dépénalisée », a déclaré à EFE Chafik Chraibi, président de l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC). « Nous exigeons que l’interruption de grossesse soit réglementée par le Code de la santé et non par le Code pénal, car cette pratique fait partie de la politique de santé publique et de la santé reproductive des femmes », ajoute pour sa part Atifa Timjerdine, Vice-Présidente de l’Association Démocratique des Femmes au Maroc.

À lire : La mort d’une Marocaine de 14 ans relance le débat sur l’avortement

Selon Chraibi, entre 600 et 800 avortements clandestins sont enregistrés quotidiennement au Maroc. La majorité ne sont pas réalisées dans les conditions sanitaires et médicales requises, déplore le militant et gynécologue, soulignant qu’un avortement pratiqué dans un hôpital coûte entre 3 000 et 15 000 dirhams (entre 280 et 1 400 euros), un montant très élevé pour une bonne partie des Marocaines qui recourent à l’avortement traditionnel, au péril de leurs vies. L’avortement clandestin peut entraîner des déchirures utérines, des infections graves comme le tétanos, des hémorragies, etc., et même la mort, comme ce fut le cas de Meriem.

Le Code pénal marocain punit toute personne qui aide une femme à avorter à une peine allant jusqu’à 5 ans de prison et, en cas de décès, jusqu’à 10 et 20 ans. La femme qui subit un avortement, elle, risque une peine de six mois à deux ans de prison. « Beaucoup de médecins et d’infirmières sont en prison pour avoir pratiqué des avortements illégaux. Cette persécution pousse les femmes à recourir à l’avortement traditionnel », déplore Chraibi pour qui « la seule solution est la dépénalisation de l’avortement ».

Sujets associés : Avortement - Lois - Femme marocaine

Suivez Bladi.net sur Google News

Aller plus loin

Inezgane : plusieurs arrestations après un avortement qui a mal tourné

Quatre personnes ont été arrêtées par les éléments de la brigade nationale de la police judiciaire d’Inezgane, et déférées devant le parquet pour leur implication dans un...

La mort d’une Marocaine de 14 ans relance le débat sur l’avortement

Les associations de défense des droits des femmes ont appelé mardi à la dépénalisation de l’avortement au Maroc, après la mort d’une mineure de 14 ans des suites d’un avortement...

Au Maroc, il est temps de se pencher sur « l’interruption volontaire de grossesse »

Le gouvernement a finalement réagi à l’affaire Meryem, la fille de 14 ans, violée et décédée lors d’un avortement clandestin. Lors du point de presse hebdomadaire, le...

Maroc : vers une libéralisation partielle de l’avortement

Le Maroc, à travers la commission de la justice et de la législation, fait un grand pas vers la reconnaissance, dans certains cas, de l’avortement. Ainsi, le projet de loi...

Nous vous recommandons

Avortement

Libertés individuelles : un collectif d’intellectuels marocains prône une réforme profonde

Huit personnalités ayant occupé des postes importants au Maroc viennent de publier un document, une sorte de manifeste qu’elles espèrent, aboutira sur un projet de loi sur la réforme des libertés individuelles.

Plusieurs arrestations pour avortement clandestin à Oujda

Sept individus dont cinq femmes, soupçonnés d’être impliqués dans l’exercice illégal d’activités médicales et le trafic de produits pharmaceutiques pouvant exposer au danger la vie d’autrui, ont été arrêtés par les éléments de la police judiciaire...

Maroc : le PJD au cœur d’un scandale sexuel

À Kénitra, une jeune fille accuse un responsable PJDiste d’avoir entretenu des relations sexuelles avec elle hors mariage et de l’avoir abandonné après qu’elle est tombée enceinte. Face au refus du jeune homme de reconnaître la grossesse, la femme...

Marrakech : procès en appel des accusés d’avortements clandestins

Deux médecins et 13 autres accusés dont des infirmières, ont été condamnés avec sursis par le tribunal de première instance de Marrakech dans l’affaire du réseau d’avortement clandestin dont le procès a été ouvert en appel depuis mardi dernier.

Le débat sur l’avortement relancé au Maroc

Le décès au Maroc d’une mineure de 14 ans, début septembre, des suites d’un avortement clandestin, a relancé le débat sur la dépénalisation de cette pratique qui prend de l’ampleur dans le royaume.

Lois

Le PJD très divisé sur la légalisation du cannabis

Le Conseil du gouvernement a examiné ce jeudi le projet de loi sur l’usage légal du cannabis. Un texte qui a suscité un débat politique et social animé et qui est sur le point d’ébranler la cohésion du Parti de la justice et du développement (PJD).

Les Marocains peuvent produire leur propre électricité

Le gouvernement a adopté une mesure légale qui autorise toute personne physique ou morale à produire de l’électricité, pour ses propres besoins, et, éventuellement, de pouvoir exploiter le réseau national pour son transport.

Légalisation du cannabis au Maroc : des retombées énormes en prévision

Le Maroc, qui s’apprête à rendre légal l’usage du cannabis, devrait s’inspirer de l’expérience du Lesotho, devenu un marché mondial vers lequel se ruent les industriels du cannabis, après s’être doté d’une loi sur l’usage légal du cannabis.

Maroc : les MRE pour booster l’immobilier ?

Une nouvelle proposition de loi vient d’être soumise à la première chambre du parlement. Le texte, à l’initiative du PJD, fixe une nouvelle échéance pour bénéficier de l’incitation fiscale dans le secteur immobilier et surtout permettre aux MRE de...

Maroc : vers la dépénalisation de la consommation d’alcool ?

On en sait un peu plus sur la réforme du Code de procédure pénale en attente d’être adopté au Maroc. Selon les explications fournies par le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, cette réforme entend entre autres, introduire la dépénalisation de la...

Femme marocaine

Maroc : moins d’affaires liées à la violence contre les femmes

Il y a eu moins d’affaires liées à la violence faite aux femmes au Maroc en 2020. Le royaume a enregistré une baisse de 11%, a affirmé la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN).

Mina El Hammani (Elite) évoque le racisme sur les réseaux sociaux

Invitée de l’émission “El Hormiguero” de Pablo Motos, l’actrice madrilène d’origine marocaine Mina El Hammani, qui a joué le rôle de Nadia dans la série « Elite », a déclaré avoir « reçu des menaces de mort », avouant à quel point il était difficile...

Casablanca : une femme arrêtée pour avoir mendié avec une poupée

Les services de police de Casablanca ont arrêté une femme qui utilisait une poupée pour mendier. Elle faisait croire aux passants qu’il s’agissait de son bébé.

Voici les cinq Marocaines les plus influentes selon Forbes

Cinq Marocaines figurent dans le classement des 100 femmes d’affaires influentes de la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord dévoilé par le magazine Forbes Middle East, dans son classement pour l’année 2023.

Maroc : 32 % de Marocaines ont été victimes de mariage précoce

Au Maroc, 32 % des femmes mariées, divorcées ou veuves ont été victimes de mariage précoce.