Maroc-Espagne : déjà cent jours de crise sans issue évidente

28 juillet 2021 - 15h40 - Espagne - Ecrit par : A.P

Les tensions entre le Maroc et l’Espagne, ouvertes avec l’accueil en avril de Brahim Ghali, le leader du Front Polisario, dans un hôpital de Logroño, durent depuis maintenant cent jours. L’Espagne travaille activement à une reprise des relations.

L’arrivée de Brahim Ghali en Espagne le 18 avril, a provoqué une crise diplomatique majeure avec le Maroc, laquelle a conduit à une crise migratoire inédite survenue les 17 et 18 mai avec l’arrivée de plus de 10 000 migrants à Ceuta. En réaction à l’arrivée du leader du Front Polisario, Rabat a appelé son ambassadrice à Madrid, Karima Benyaich, pour des consultations. De son côté, le président Pedro Sánchez a remercié la ministre des Affaires étrangères, González Laya, pour tenter d’« apaiser » le Maroc. Mais cela ne semble pas suffisant pour mettre fin à la crise, rappelle El Espanol.

À lire : Le nouveau ministre Albares veut «  renforcer les relations avec le Maroc  »

Selon Samir Bennis, politologue et spécialiste des relations hispano-marocaines, cette crise est la plus grave enregistrée depuis les indépendances. « Depuis l’indépendance du Maroc jusqu’à aujourd’hui, les canaux de communication et de dialogue entre les deux pays n’ont jamais été rompus », explique-t-il. « Quel que soit le responsable des Affaires étrangères en Espagne, si ce gouvernement ne revient pas sur son approche du Maroc et ne clarifie pas sa position sur la question du Sahara, il n’est pas possible de revenir à la normalité dans les relations bilatérales, du moins pas dans un avenir proche », ajoute Samir Bennis.

À lire : Le Maroc chercherait la « co-souveraineté » de Sebta et Melilla

Le nouveau ministre Albares avait soutenu à sa prise de fonction qu’il ferait de la reprise des relations avec le Maroc l’une de ses priorités. Mais depuis deux semaines qu’il est à la tête du Département des Affaires étrangères, il n’a toujours pas effectué sa première visite à Rabat. Pendant ce temps, le Maroc monte les enchères. En plus de la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, Rabat exige désormais la co-souveraineté des villes autonomes de Ceuta et Melilla.

À lire : L’Espagne multiplie les opérations de charme envers le Maroc

La crise actuelle affecte également les relations économiques entre les deux pays. L’annulation par le Maroc, pour la deuxième année consécutive, de l’Opération Marhaba, est « un précédent très important qui rend cette crise différente et plus profonde que celle de Perejil… », fait observer Samir Bennis. Par ailleurs, l’Espagne continue de dominer les importations et les exportations avec le Maroc. Près d’un quart des exportations marocaines et 15 % de ses importations se font avec l’Espagne.

Les Marocains résidant en Espagne ne voient quant à eux qu’une seule issue à la crise. Ils souhaitent « une rencontre entre Mohammed VI et Felipe VI, qui partagent une grande amitié ».

Sujets associés : Espagne - Diplomatie - Ceuta (Sebta) - Melilla - Sahara Occidental - Brahim Ghali

Aller plus loin

Le Maroc chercherait la « co-souveraineté » de Sebta et Melilla

Les tractations diplomatiques sont en cours pour le rétablissement rapide des relations entre l’Espagne et le Maroc. Les autorités espagnoles travaillent activement pour une...

L’Espagne ne veut pas « faussement mettre fin à la crise » avec le Maroc

La crise diplomatique entre l’Espagne et le Maroc, ouverte depuis avril avec l’accueil de Brahim Ghali, le chef du Front Polisario, dans un hôpital de Logroño, n’est pas près de...

Pedro Sánchez préfère la discrétion sur le règlement de la crise Maroc-Espagne

Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a réitéré sa volonté d’œuvrer pour le règlement de la crise diplomatique entre le Maroc et l’Espagne. Pour y parvenir, il...

Affaire Brahim Ghali : le début d’une longue crise entre l’Espagne et le Maroc

La crise entre le Maroc et l’Espagne, née après l’accueil de Brahim Ghali dans un hôpital à Logroño, n’est pas près de connaitre son épilogue. Ce dimanche, Arancha González...

Ces articles devraient vous intéresser :

Sahara : Israël réaffirme son soutien au Maroc

En visite de travail au Maroc, Gideon Saar, ministre israélien de la justice, a réaffirmé le soutien de son pays à la position du royaume concernant la question du Sahara.

Le nouveau ministre israélien des Affaires étrangères attendu au Maroc

Le sommet des pays signataire des Accords d’Abraham qui se tiendra au mois de mars pourrait connaître la participation d’Eli Cohen, le nouveau ministre israélien des Affaires étrangères.

Brahim Ghali s’en prend à nouveau au Maroc

Le président de la « République arabe sahraouie démocratique » (RASD), Brahim Ghali, a mis en garde lundi contre les politiques hostiles du Maroc dans la région, allusion faite à son alliance avec Israël.

Les MRE confrontés à un durcissement des conditions d’envoi de fonds depuis l’Europe

Face au durcissement des autorités européennes sur les transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE), le wali de Bank Al-Maghrib (BAM), Abdellatif Jouahri appelle à une action diplomatique d’envergure.

Attaque marocaine de drone : Le Polisario décrète trois jours de deuil

Le chef du Polisario, Brahim Ghali, vient de décréter trois jours de deuil, après le décès vendredi d’un haut responsable militaire et trois miliciens dans une attaque marocaine.

Maroc-Israël : deux ans de relations fructueuses, selon Alona Fisher-Kamm

Mardi a été célébré le deuxième anniversaire de la reprise des relations entre le Maroc et Israël. Une occasion pour Alona Fisher-Kamm, cheffe par intérim du bureau de liaison de Tel-Aviv à Rabat, de faire le bilan de ce rapprochement.

L’Espagne tire un trait sur le Sahara occidental

Le ministère espagnol des Affaires étrangères, sous la houlette de José Manuel Albares, a retiré de son site internet une section consacrée au Maghreb et au Moyen-Orient. Auparavant, cette partie incluait l’engagement de l’Espagne pour...

Maroc : un ancien diplomate accusé de prostitution de mineures risque gros

L’association Matkich Waldi (Touche pas à mon enfant) demande à la justice de condamner à des « peines maximales » un ancien ambassadeur marocain, poursuivi pour prostitution de mineures.

Sahara : l’Union européenne réitère sa position après les déclarations de Josep Borrell

L’Union européenne se désolidarise avec les déclarations faites par le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell sur le dossier du Sahara. L’institution a réaffirmé jeudi, n’avoir pas changé d’avis sur la nécessité de régler la question du Sahara,...

Youssef Amrani officiellement ambassadeur du Maroc auprès de l’UE

Nommé en octobre 2021 par le roi Mohammed VI au poste d’ambassadeur du Maroc auprès de l’Union européenne, Youssef Amrani aurait reçu en cette fin d’année, l’accord des instances européennes pour démarrer sa mission.